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En 1937, un
professeur de dermatologie turc, Hulusi Behçet,
définit une entité associant une aphtose buccale, une
aphtose génitale et une inflammation oculaire. Depuis, de
nombreuses autres manifestations systémiques ont été reliées
à cette triade, regroupées sous le nom de la maladie de
Behçet. Malgré la diversité de la symptomatologie clinique, les
manifestations dermatologiques gardent une place
prépondérante du fait de leur fréquence et de leur intérêt
diagnostique (tableau
)
Aphte buccaux récidivants,
l’aphtose buccale est presque constante (90 à 100
% des cas), inaugurale dans 25 à 75 % des cas selon
les séries .
Definition:
Vascularite systémique rare, décrite dans toutes les ethnies mais
plus fréquente autour du bassin méditerranéen et en extrême orient.
atteinte systemique (Peau, bouche, œil, système nerveux central, système
nerveux périphérique, vaisseaux, tractus digestif). Formes frontières
avec la polychondrite chronique atrophiante: MAGIC syndrome.
Elle évolue par poussées et
se caractérise par une atteinte surtout
-
cutanéo-muqueuse (aphtes
buccaux et génitaux, pseudo-folliculite, nodules acnéiformes,
hypersensibilité aux points de ponction),
-
neuro-ophtalmologique (uvéite
antérieure ou postérieure, méningo-encéphalite)
-
vasculaire (phlébites
des membres, thromboses caves, thrombophlébites cérébrales, artérite).
Epidemiologie:
Age de prédilection: Débute très généralement avant 50 ans.
Sexe La prédominance masculine décrite jusqu'alors n'existe probablement
pas.
Etiologie: Inconnue. On évoque des mécanismes réactionnels (infectieux:
streptocoques?, environnementaux, ou autres) sur un terrain prédisposé
(génétique Rares formes familiales ou transmission mère-enfant.
Association de 50% des maladies de Behçet à l'antigène HLA B51. la
maladie de Behçet peut être aggravée par la grossesse. Quelques cas de
transmission materno-fœtale.
Signes cliniques:
• Aphtose buccale, génitale, périanale, récidivante, souvent
invalidante
• Pseudofolliculite: pustule non centrée par un poil (aphte cutané...)
Les manifestations
dermatologiques de la maladie de Behçet sont dominées par l’aphtose
bipolaire n’ayant aucun caractère clinique distinctif par rapport aux
autres aphtoses. Les lésions cutanées regroupent les pseudo
folliculites, les folliculites, les aphtes cutanés, les nodules
dermohypodermiques, des dermato-ses neutrophiliques telles un
syndrome de Sweet ou un pyoderma gangrenosum.
Pseudo folliculite: Ce
sont les plus fréquentes des lésions cutanées Elles forment
initialement des papules avec secondairement une pustule centrale non
centrée par un poil et un halo érythémateux périphérique évoluant
vers une croûte, par-fois vers une ulcération, guérissant spontanément
sans cicatrice. Elles siègent principalement sur le tronc, les membres
inférieurs, les fesses et les bourses mais peuvent être observées sur
toute la surface du tégument y compris le visage, les paumes et les
plantes. Parfois, elles disparaissent avant de devenir pustuleuses. Le
diagnostic clinique avec une simple folliculite ou une acné, éventuelle-ment
induite par une corticothérapie, est très difficile d’où la nécessité
de pratiquer des prélèvements bactériolo-giques et un prélèvement
biopsique profond. En effet ces pustules sont amicrobiennes avec en
histologie un foyer de nécrose suppurée, non centrée par un poil. Fréquem-ment
existe également un infiltrat lymphocytaire composé de CD4 mais aussi de
CD8 puis une vascularite leu-cocytoclasique en regard et à distance
intéressant les veinules du derme profond . Les dépôts vasculaires de
C3 sont fréquents contrastant avec la rareté des dépôts
d’immunoglobulines .
• Autres lésions cutanées: nodules acnéiformes, vascularite, érythème
noueux, pyodermite,
papules, vésicules
• Lésions oculaires: uvéite antérieure à hypopyon, uvéite postérieure,
vascularite rétinienne,
œdème papillaire et atrophie optique en cas d'hypertension intracrânienne
(thrombophlébite cérébrale)
• Polyarthrite généralement non érosive, spondylarthropathie
• Thromboses veineuses périphériques, syndromes caves par obstruction
cave, tableau
d'hypertension intracrânienne par thrombophlébite cérébrale,
Budd-Chiari
• Artérite: thromboses, anévrismes
• Atteinte neurologique centrale (syndromes déficitaires, pyramidaux, cérébelleux,
convulsions, troubles de conscience, méningite) ou plus rarement périphérique
(paralysie
des nerfs crâniens, neuropathies périphériques, polyradiculonévrite
aiguë), surdités
spécifiques, atteintes vestibulaires
• Atteinte digestive ("pseudo-Crohn")
• Myosites, Epididymite , Glomérulonéphrites rares
| Complications |
- Neurologiques avec lourdes séquelles
fonctionnelles
- Anévrismes artériels
inflammatoires
- Du traitement et de l'arrêt du
traitement
- Amylose
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- Décès spécifiques rares
- Surdité
- Cécité
- Thromboses, embolies
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Diagnostic différentiel:
- Aphtose banale (40 à 60% de la
population)
- Les maladies systémiques:
lupus, vascularites
- Syndrome des antiphospholipides
- Déficit en facteurs de la
coagulation
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- Syphilis
- Herpès
- Sclérose en plaques
- Maladie de Crohn, RCUH
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Examens de laboratoire:
- Aucun examen biologique n'apporte d'argument décisif.
- En dehors des poussées, la biologie est en règle normale.
-Lors des poussées, on observe généralement un syndrome inflammatoire,
une
hyperleucocytose à polynucléaires neutrophiles.
-La positivité du test
pathergique traduit une hypersensibilité aux points de piqûres ; la fréquence
de sa positivité est variable en fonction des pays.
Examens diagnostiques spécifiques:
- La détermination d'un antigène HLA B5 n'a aucun intérêt
diagnostique.
- Les marqueurs d'auto-immunité sont généralement négatifs.
IRM: Intérêt de l'examen IRM du cerveau pour les formes neurologiques
centrales et les
thrombophlébites cérébrales (de loin supérieur au scanner)
-Histologiquement, ces lésions ont souvent un tropisme
vasculaire avec un infiltrat composé de polynucléaires neutrophiles ou
de lymphocytes. .
Diagnostique:
le diagnostic peut être posé
en présence d'aphtes buccaux (critère majeur) avec deux critères
mineurs, en l'absence d'une autre explication clinique.
| Tableau
I. – Critères
diagnostiques du groupe international
d’étude sur la maladie de Behçet. |
| critere
obligatoire: Ulcération buccale
récurrente : aphtose mineure, aphtose majeure ou ulcération
herpétiforme observée par un clinicien ou le malade survenant au
moins 3 fois en 12 mois. |
+ 2 des
4 critères suivants
- Lésions cutanées :
érythème noueux observé par un clinicien ou le malade,
pseudo-folliculites ou lésions papulopustuleuses ou nodules
acnéiformes observés par un clinicien en dehors de la période
d’adolescence et de traitement corticoïde.
- Ulcération génitale
récurrente : aphtose ou cicatrice observée par un clinicien
ou le malade.
- Lésions oculaires :
uvéite antérieure, uvéite postérieure ou hyalite à
l’examen à la lampe à fente ou vascularite rétinienne
observée par un ophtalmologiste.
- Test pathergique
: lu par un clinicien entre la 24 e et la 48 e heure.présence
d'une pustule ou d'une papule après 24 à 48
h, au point de ponction d'une aiguille sous-cutanée à la
face antérieur de l'avant-bras
Critères
applicables en l’absence d’autres diagnostics
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C.A.T : Ambulatoire pour la plupart des manifestations. Suivi spécialisé
nécessaire,
particulièrement pour les yeux (maladie de Behçet, affirmé ou suspecté,
doit faire rechercher de principe des lésions oculaires par un
ophtalmologiste entraîné). Hospitalisation pour les formes neurologiques
ou
artérielles
Traitement:
les indications
• toutes les formes cliniques
,Colchicine: 1 à 2 mg/j
• Aspirine (100 à 250 mg/j) très facilement, particulièrement pour
les formes vasculaires et
neurologiques
• Traitement anticoagulant en cas de thrombose
• Prednisone pour les formes plus sévères (oculaires, neurologiques,
vasculaires)
• Immunosuppresseurs: pour les formes neurologiques, pour les atteintes
oculaires
bilatérales graves, pour les atteintes vasculaires
• Débuter en milieu spécialisé. On utilise le plus couramment le
cyclophosphamide
(généralement en perfusion mensuelle) ou l'azathioprine. L'immunosuppression
dans ces
contextes est en général d'au moins deux ans.
• Thalidomide (50 à 100 mg/j ; parfois 200 mg/j au début du
traitement): pour les aphtoses
rebelles. Contraception efficace chez la femme, surveillance neurologique
et
électromyographique très régulière
• Ciclosporine: toxicité rénale importante sur ce terrain
• Bolus de méthylprednisolone lors des poussées oculaires ou
neurologiques
• Echanges plasmatiques parfois
-En l’absence de lésions systématiques justiciable
d’un traitement agressif, le traitement des lésions dermatologiques
repose sur la colchicine, l’aspirine, éventuellement la dapsone. Les
formes sévères d’aphtose sont traitées par le thalidomide, médicament
tératogène avec une toxicité neurologique.
Surveillance
• Surveillance mensuelle de l'hémogramme sous cyclophosphamide et
azathioprine
• Surveillance des complications infectieuses sous traitement
immunosuppresseur
• Hydratation abondante alcaline et protecteurs vésicaux (uromitexan
60-100% de la dose
de cyclophosphamide) en cas de perfusions de cyclophosphamide à forte
dose
• Les doses de cyclophosphamide peuvent être modulées en fonction de
la créatininémie et
d'une lymphoneutropénie.
la surveillance: en fonction de l'atteinte
• La surveillance oculaire doit être régulière.
• La surveillance de l'adhésion au traitement est primordiale, une
forme cutanéo-muqueuse
peut évoluer vers une forme neurologique grave en cas d'arrêt impromptu
de la colchicine.
Le traitement par colchicine doit être maintenu très longtemps (à vie
selon certains auteurs) et ne doit être arrêté que sur avis spécialisé;
egalement pour la corticothérapie.
• La survenue d'une complication neurologique est à craindre car de
pronostic fonctionnel
redoutable. Une thrombophlébite cérébrale doit être évoquée en cas
de symptômes
neurologiques voire de céphalées persistantes, et est facilement dépistée
actuellement
par l'angio-IRM.
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