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| Néphrologie |
Physiopathologie :
La glomérulonéphrite extramembraneuse (GEM) est caractérisée par des dépôts
sur le versant externe de la membrane basale glomérulaire.
La cible antigénique se situe sur le podocyte.
La protéinurie apparaît après la formation des dépôts, qui s’associent à
l’aplatissement des podocytes et à leur effacement.
Par la suite, la membrane basale glomérulaire s’épaissit avec accumulation de
matrice extracellulaire.
La néphrite de Heymann constitue le modèle expérimental de la GEM chez le rat.
Dans ce modèle, les cibles antigéniques identifiées sont la mégaline et le
complexe protéique associé à la mégaline (RAP pour receptor associated protein).
La mégaline est une protéine transmembranaire de plus de 600 kD qui joue le rôle
de récepteur d’endocytose, fixant de multiples ligands tels que le calcium, les
apoprotéines E, J, et B 100, le complexe inhibiteur activateur du plasminogène
urinaire, des antibiotiques, la lactoferrine, l’albumine, le complexe
transcobalamine-vitamine B12, la vitamine D binding protein et possiblement
l’insuline
Dans le rein, elle s’exprime dans les puits recouverts de clathrine à la surface
des podocytes et dans la bordure en brosse des cellules tubulaires proximales.
Elle est également présente dans les cellules type II pulmonaires.
Elle appartient à la famille des récepteurs low density lipoprotein (LDL). Le
complexe RAP se lie à la mégaline lors du processus d’endocytose.
La RAP est essentiellement présente dans le réticulum endoplasmique des
podocytes.
La formation du complexe inhibe la liaison de la mégaline à ses ligands.
Il existe un seul épitope sur RAP, d’une longueur de 14 acides aminés.
L’injection d’un anticorps dirigé contre cet épitope a permis de reproduire des
dépôts d’immuns complexes.
De nombreux autres épitopes pathologiques sur la mégaline sont cependant
nécessaires pour la formation in situ de complexes immuns.
Les épitopes de la mégaline sont situés dans les quatre domaines
extracellulaires riches en cystéine.
L’ensemble mégaline et RAP est désigné comme le complexe antigénique de la
néphrite de Heymann.
La néphrite de Heymann peut être induite par l’injection intraveineuse de
mégaline ou de RAP ou, de façon passive, par l’injection d’anticorps
antimégaline et anti-RAP.
Dans le modèle passif, les dépôts sont détectés quelques minutes après
l’injection et la protéinurie apparaît 5 à 6 jours plus tard.
Les dépôts se forment initialement dans les puits recouverts de clathrine situés
à la base du pied des podocytes, puis s’étendent sur le versant externe de la
membrane basale glomérulaire.
Les mécanismes de cette extension vers la membrane basale, elle-même dépourvue
de mégaline, ne sont pas connus.
La formation de complexes immuns sur la surface membranaire des podocytes est
responsable d’une activation du complément et de l’insertion du complexe
d’attaque membranaire C5b-9 dans la membrane podocytaire via le récepteur à la
vitronectine.
Ce complexe d’attaque joue un rôle central dans les lésions podocytaires et dans
l’apparition de la protéinurie.
Son rôle a aussi été mis en évidence chez l’homme.
Le traitement par venin de cobra après induction de la néphrite de Heymann
permet de bloquer l’apparition de la protéinurie par déplétion en complément,
alors même que les dépôts de complexes immuns sont présents sur la surface
podocytaire.
Le podocyte répond à l’insertion membranaire de C5b-9 par une endocytose de ce
complexe, constituant probablement un mécanisme de défense cellulaire.
Les vésicules d’endocytose sont larguées dans l’espace urinaire, expliquant la
présence de C5b-9 dans les urines de patients atteints de GEM.
Dans un stade avancé de néphrite de Heymann, associé au développement de la
protéinuire, des complexes d’attaque sont retrouvés dans la membrane podocytaire,
ce qui pourrait être la conséquence d’une limitation du système d’endocytose.
En réponse à l’insertion de C5b-9 dans la membrane podocytaire, de nombreuses
activités enzymatiques sont modifiées dans la cellule podocytaire.
Une cascade d’activation d’oxydation va conduire à l’apparition de la
protéinurie.
L’enzyme oxydo-réductase nicotinamide-adénosine-dinucléotide phosphate (NADPH)
est activée et l’effet antioxydant de la glutathion peroxydase et de la
superoxyde dismutase est diminué.
Le traitement par la vitronectine, qui bloque l’insertion de C5b-9 après
induction de la néphrite de Heymann, permet de bloquer l’activation de
l’oxydation dans la cellule podocytaire.
L’oxydation génère des radicaux libres.
Des capteurs de radicaux libres, administrés dans la néphrite de Heymann,
permettent de diminuer l’intensité de la protéinurie sans modifier l’intensité
des dépôts.
Les radicaux libres engendrent à leur tour une oxydation lipidique.
Les lipides membranaires ne sont pas ceux qui sont directement oxydés, comme en
témoigne l’absence de phosphatidylcholine oxydée dans la membrane.
De larges quantités d’apolipoprotéine E (apoE) et d’apoB sont en revanche
retrouvées liées dans les complexes immuns à la mégaline, récepteur de ces deux
apolipoprotéines.
Ces apolipoprotéines sont soumises à l’augmentation du pouvoir oxydant du
podocyte.
Les produits de l’oxydation lipidique de ces apolipoprotéines se lient au
collagène IV sur le domaine NC1 riche en résidus cationiques et pourraient être
responsables de la dégradation protéolytique de la membrane basale.
Le probucol, qui bloque l’oxydation lipidique, s’est montré capable
expérimentalement de réduire de 85 % la protéinurie dans la néphrite de Heymann.
On ne sait encore comment expliquer les modifications de perméabilité de la
membrane basale glomérulaire à la suite de ces phénomènes.
Les modifications de structure du collagène IV mais aussi l’oxydation des
apolipoprotéines peuvent y contribuer.
On ne sait le rôle précis des modifications des protéinases dans l’augmentation
de perméabilité membranaire.
L’insertion de C5b-9 induit de plus une augmentation de l’activité de la
gélatinase, de la métallo-protéinase 9, du facteur de croissance des
fibroblastes, du système phospholipase C, A2 et de la protéine kinase C.
L’épaississement de la membrane basale glomérulaire survient secondairement à
l’accumulation des protéines de la matrice extracellulaire.
Le transforming growth factor b (TGF-b) pourrait jouer un rôle de médiateur dans
cette accumulation.
Étiologies et associations : la GEM est le plus
souvent idiopathique. les formes secondaires représentent 20 % des cas, elles
sont plus fréquentes chez l’enfant que chez l’adulte.
Évolution et facteurs pronostiques :
La survie rénale est de l’ordre de 90 % à 5 ans et de 65 % à 10 ans.
L’évaluation précise du potentiel évolutif de la maladie doit permettre, au
stade initial et au cours de l’évolution, d’apprécier la nécessité de débuter un
traitement (évaluation du rapport bénéfice/risque).
Le travail de Schieppati est une étude prospective sur la GEM réalisée chez des
patients sans traitement.
Sur 100 patients atteints de GEM, la probabilité de survie rénale à 5 ans était
de 88 ± 5 % et à 10 ans de 73 ± 7 %.
Cette étude incluait 37 patients non néphrotiques et la moyenne de protéinurie
sur la cohorte était de 5 ± 3,6 g 24 heures–1.
Soixante-deux pour cent des femmes et 59 % des hommes étaient en rémission
partielle ou complète à 4 ans.
Les seuls facteurs de pronostic défavorable étaient le sexe masculin et l’âge
supérieur à 50 ans.
Au moment du diagnostic, la présence d’un syndrome néphrotique, d’une
hypertension artérielle, le taux de la protéinurie ne sont pas des facteurs
pronostiques.
Depuis la publication de cet article et l’avènement des traitements
immunosuppresseurs dans la GEM, soit en une décennie, a-t-on pu affiner le
risque évolutif d’un patient se présentant avec une GEM ?
Pei et al. ont tenté de quantifier le risque évolutif à l’aide d’un modèle
utilisant les facteurs pronostiques les plus importants, à savoir la protéinurie
et sa durée, la clairance de la créatinine et la pente 1/créatininémie en
fonction du temps.
Cette étude incluait 184 patients ayant au diagnostic une fonction rénale
normale.
Sur une moyenne de suivi de 5,8 ans, 26 % des patients vont développer une
insuffisance rénale et 26 % vont entrer en rémission.
Cinquante pour cent des patients recevaient des corticoïdes et 26 patients un
immunosuppresseur additionnel.
Dans le modèle étudié pour le pronostic, le traitement immunosuppresseur n’avait
pas d’influence sur l’incidence de l’insuffisance rénale ni sur le pourcentage
de rémission.
La protéinurie sans notion de sa durée avait peu de valeur prédictive.
Une valeur de protéinurie supérieure à 8 g 24 heures–1 pendant plus de 6 mois
est associée au risque le plus élevé de développer une insuffisance rénale
chronique, avec une probabilité de 66 %.
Inversement, même quand elle est supérieure à 8 g 24 heures–1, une protéinurie
de durée inférieure à 6 mois a une valeur prédictive négative d’insuffisance
rénale chronique de 88 %, traduisant la possibilité de rémission spontanée quel
que soit le niveau de protéinurie.
Si la protéinurie se situe entre 6 et 8 g 24 heures–1 et si elle perdure 9 mois
ou plus, le risque d’insuffisance rénale est de 55 %.
Ce modèle va bénéficier d’une large validation sur trois populations originaires
du Canada, d’Italie et de Finlande (363 patients).
Pour prédire l’évolution vers l’insuffisance rénale chronique (clairance de la
créatinine < 60 ml min–1), la probabilité de progression prend la forme :
P = exponentielle Y/(1 + exponentielle Y)
avec Y = [1,26 + (0,3 × taux moyen de protéinurie sur la période de suivi en
g/24 h–1) – 0,3 × (pente 1/créatinine pendant le suivi en ml min–1 et par mois)
– 0,05 × clairance de la créatinine à l’entrée dans la période de suivi].
Ce modèle est applicable pour les patients ayant une clairance supérieure à 60
ml min–1 au diagnostic.
Le modèle permet d’améliorer la précision (sensibilité × spécificité) par
rapport à la protéinurie seule.
Par rapport à un critère de protéinurie supérieure à 3,5 g j–1, le modèle
améliore la spécificité (89 versus 28 %) mais diminue la sensibilité (75 versus
92 %).
Par rapport à un critère de protéinurie supérieure à 8 g j–1 pendant plus de 6
mois, le modèle améliore la sensibilité (83 versus 58 %) mais diminue la
spécificité (86 versus 93 %).
D’autres facteurs pronostiques ont également été mis en valeur et confirmés dans
une méta-analyse sur 1 248 patients ayant inclus les études prospectives et
rétrospectives.
À noter tout particulièrement l’excrétion d’immunoglobulines G (IgG), de C5b-9
et de b2microglobulines, qui sont attachés à un risque de progression vers
l’insuffisance rénale avec un pouvoir prédictif élevé.
Traitement Glomérulopathie extramembraneuse
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