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* 20 avril 1980- 20 avril 2018 : La longue marche : 19/04/18 - Les autorités mettent, sans tact, à exécution les instructions du pouvoir central pour marquer, de la façon la plus solennelle, cette date-symbole. La célébration de l?anniversaire du Printemps berbère, 20 avril 1980, prend ces deux dernières années un coup d?aiguillon qui, en Kabylie, stimule la mobilisation autour de la cause amazighe. La date mobilise toujours, alors que le pouvoir politique a cru avoir, en lâchant du lest sous la pression de la rue, soustrait la question aux milieux de la militance amazighe. Les derniers acquis arrachés, dont la constitutionnalisation de tamazight comme langue officielle et l?institutionnalisation de Yennayer fête nationale, n?ont finalement pas produit l?effet escompté par les autorités publiques. L?anniversaire du Printemps berbère de cette année, le 38e, intervient à la fois dans cet esprit de continuité du combat et sur un terrain où le pouvoir ne s?avoue pas vaincu. Il tente, comme pour Yennayer, de grignoter dans la grande symbolique du 20 Avril et de s?approprier cette date en se plaçant dans l?événement. En Kabylie, les autorités mettent, sans tact, en exécution les instructions du pouvoir central pour marquer de la façon la plus solennelle cette date-symbole. Dans la continuité des cérémonies officielles de l?année dernière, l?implication de l?Etat sonne le folklore par l?intitulé même des programmes qui donnent un cachet de fête à l?événement. A Béjaïa, les «festivités» officielles démarrent, aujourd?hui avec une «exposition folklorique sur l?esplanade de la maison de la culture». Assumé pleinement dans la littérature officielle, le cachet folklorique se prolongera avec «une fête traditionnelle et un défilé de mode», auxquels la délégation officielle assistera en passant par «une exposition d?arts». Les autorités ont décidé, cette année, de rendre hommage à certains «artistes et écrivains qui ont contribué à la promotion de l?art et de la littérature amazighs». La liste comprend Brahim Tazaghart, Yergui Mohamed, Boudjemaa Agraw, Kaci Bousaad et d?autres noms moins connus. S?il n?y a pas de doute sur l?engagement militant de ces artistes et écrivains, force est de constater que les autorités sont prudentes à mettre en exergue le statut de militants du MCB de certains d?entre eux. Cette prudence contraste avec les hommages rendus par la société civile pour les Mohamed Haroun, Matoub Lounès et bien d?autres militants symboles du combat identitaire du temps des pires bâillonnements. A Aokas, par exemple, on rendra hommage à l?un des fondateurs de l?Académie berbère, Rahmani Abdelkader. A Chemini, on jouera une pièce théâtrale en hommage aux martyrs du printemps noir 2001. A la même occasion, la fondation Matoub a produit une pièce de théâtre, Hymne à l?identité, qui rend hommage au Rebelle et qui ne sera jouée au Théâtre régional de Béjaïa que le 27 avril. Les autorités seront au TRB pour assister, aujourd?hui, à la pièce «Hzam El Ghoula» de Abdelmalek Bouguermouh, traduite en kabyle. Le programme officiel débordera même sur la journée de demain (vendredi 20 avril), en investissant, et c?est une première, la rue qui, jusque-là et pour tous les 20 Avril qui sont passés, est l?espace exclusif des seuls collectifs militants et partis. Cette fois-ci, le wali intérimaire donnera le coup d?envoi pour un défilé qui partira de la Maison de la culture vers la place Saïd Mekbel, pour clôturer des festivités qui auront été folkloriques de bout en bout. Et c?est une folklorisation qui n?a pas échappé à un collectif qui est né autour du sigle du 20 Avril 1980, re-convoqué à l?occasion. En appelant à «l?unité» et «contre l?unicité», ce collectif, qui regroupe d?anciens militants du MCB activant dans la wilaya de Béjaïa, appelle à une marche pour demain et à rejoindre celle d?aujourd?hui à laquelle a appelé un collectif d?étudiants. Qu?il y ait «pluralité d?acteurs» est pour le  Collectif tafsut 80 «autant de signes de vitalité de tamazight, de permanence du combat identitaire et de son élargissement et son adaptation aux données de l?heure jusqu?au recouvrement apaisé et irréversible de notre identité, de notre culture, de notre langue». Dans une déclaration publique, ce Collectif se dit convaincu que les manifestations de décembre 2017, en réaction à la proposition rejetée à l?APN en rapport avec tamazight, trouveront prolongement cette fois-ci, avec le même «esprit des fondamentaux» du MCB et «la maturité militante». La mobilisation dans la diversité se cristallisera «par autant de marches nécessaires dans la complémentarité des visions militantes de toutes les générations». «Conscient que rien ne nous a été donné, qu?aucun acquis n?est définitif», le Collectif commémorera ce 38e anniversaire «dans la vigilance citoyenne». «Le respect de la diversité est l?un des grands acquis du combat identitaire permanent» considère- t-il, en invitant les étudiants à marcher aussi demain. Cependant pour ce vendredi, une troisième marche est au programme, c?est celle à laquelle a appelé le MAK qui, à chaque 20 avril, arrive à mobiliser ses troupes, plus que tout autre parti ou collectif. Le MAK marchera avec ses propres mots d?ordre pour «l?indépendance de la Kabylie» dans les trois chefs-lieux de wilaya de Béjaïa, Tizi Ouzou et Bouira. Les marcheurs du MAK, du Collectif avril 80 ou des étudiants se rencontreront ou se croiseront sur le même axe qu?empruntera, dans un cadre festif, le défilé, joyeux et certainement coloré, des autorités.  
* 20 Avril 1980 : Une Génération de combat : 19/04/18 - A visage découvert et drapeau de la liberté déployé, la génération d?Avril 1980 prend le pari risqué de la modernité politique. Un acte fondateur d?une portée historique intangible. Le Printemps berbère d?avril 1980 marque un moment de rupture globale avec un ordre politique autoritaire adossé à une idéologie factice. A la vision exclusiviste édifiée sur le système de parti, de langue, de religion, de culture et de pensée unique de nature violente, Avril 1980 oppose et propose une autre conception de l?Algérie. Un autre modèle de société fondé sur le pluralisme politique, les libertés démocratiques et la diversité culturelle et linguistique. C?est la formulation d?un projet démocratique cohérent précurseur. A contre-courant d?un récit national glorificateur, sacralisant, figé et dogmatique, les thèses d?Avril portent un projet national enraciné dans la réalité historique de l?Algérie et qui est dans le même temps tourné vers un avenir ouvert en résonance avec les aspirations d?émancipation. Et c?est en ce sens que le Printemps d?avril 1980 est permanent. Il inaugure une nouvelle séquence historique impérissable. Partie de Kabylie, cette flamme de liberté ne s?est jamais éteinte. Son onde de choc a débordé les frontières nationales et ne cesse de secouer l?histoire et les mémoires. En libérant des énergies, mobilisant des forces politiques et sociales, elle s?incarne en un mouvement qui se met en marche et qui part à la reconquête de ce qui a été véritablement la profondeur civilisationnelle du sous-continent. Face à l?épreuve du temps, mais surtout face aux multiples formes de répression et de persécution, le mouvement n?a pas dévié de sa trajectoire. Il n?a pas cédé. Sur «le chemin du devoir», la dynamique enclenchée à partir de l?université de Tizi Ouzou engrange des victoires. De bataille en bataille, ses idées triomphent et gagnent des espaces. Les acquis sont indéniables. Avril 1980, c?est aussi une rupture générationnelle, car ce moment est aussi et surtout des hommes et des femmes ? à peine la trentaine pour les plus âgés d?entre eux? qui vont décider de rompre avec un personnel politique sclérosé et une élite intellectuelle assujettie. A visage découvert et drapeau de la liberté déployé, la génération d?Avril 1980 prend le pari risqué de la modernité politique. Se réclamant des idées progressistes qui ont présidé à la lutte de Libération nationale, elle affronte sur le terrain politique, idéologique et intellectuel le système du parti unique et ses caciques. C?est une poignée de militants composée d?étudiants, médecins et syndicalistes qui va défier l?ogre autoritaire. Dans un contexte d?une hostilité rare, elle réussit à briser le silence national imposé à tous et à ouvrir une brèche dans le congélant mur de l?autoritarisme. Une irruption soudaine et fracassante dans le champ politique national qui fait voler en éclats la doxa nationaliste. Le mythe tombe. Dans une diversité politique et philosophique affirmée, cette génération pionnière décide de penser et d?agir autrement. Elle se projette dans un autre destin en assumant sa part du devoir. Débarrassée du carcan idéologique qui plombe le pays, elle écrit une exaltante histoire en phase avec les aspirations d?un peuple opprimé. Renouer avec un passé millénaire et se rattacher à l?universel en portant des revendications de liberté d?expression, de liberté de conscience, d?émancipation, de droits de l?homme et de justice. Telle était la tâche à laquelle cette génération s?est attelée. C?est en ce sens qu?Avril 1980 était une révolution et ses acteurs des révolutionnaires. Ils s?appellent Mouloud Mammeri, Saïd Sadi, Ali Yahia Abdennour, Djamel Zenati, Saïd Khelil, Mouloud Lounaouci, Rachid Halet, Arezki Aït Larbi, Hend Sadi, Achour Belghezli, Mustapha Bacha, Boukrif Salah, Salem Chaker, Ferhat Mhenni et beaucoup d?autres. Portés par une population fière d?eux, ils vont affronter tête haute la redoutable Sécurité militaire, la persécution et la propagande du parti unique. Ils vont surtout connaître l?impitoyable Cour de sûreté de l?Etat et les affres des sinistres bagnes de Berrouaghia et de Lambèse. Ils ne courbent pas l?échine. Ils ont fait l?histoire, parce qu?ils ont agi en initiateurs d?un combat long. De prison, ils ressortent aguerris. Renforcés dans leur conviction, ils font douter les tenants du pouvoir et déstabilisent leurs certitudes. Déterminés, ils poursuivent inlassablement le combat sur plusieurs fronts. Au sein du MCB, dans la Ligue des droits de l?homme, au sein du mouvement associatif et dans les syndicats. Il n?est pas prétentieux de dire que cette génération a forgé une conscience politique, a fait avancer les idées les plus éclairées. Sa lutte est permanente. Et c?est elle qui va donner naissance et vie au combat démocratique et progressiste au lendemain de l?instauration du pluralisme politique. Dans la phase démocratique ? dévoyée ?, les acteurs d?Avril 1980 vont encore et toujours se retrouver en première ligne de combat contre à la fois la dictature et son «fils légitime» qui était l?islamisme radical. Avec la même fougue, ils continuent de réenchanter l?idéal démocratique. Venue de loin, la génération d?Avril n?est pas finie.  
* Un moment fondateur : 19/04/18 - Avril 80  peut être interprété comme l?expression d?une volonté de réécrire un récit national loin du mythe, du délire, du mensonge et de l?arrangement. Un récit plus conforme à la vérité historique par l?adjonction des fragments manquants et la réhabilitation des mémoires interdites. Avril 80 est un moment historiquement dense. A partir de l?angle culturel, le printemps berbère réexamine les différents aspects de la problématique algérienne. Pour mieux restituer le sens profond de ce moment fondateur, il convient de rappeler à grands traits le contexte national et international de l?époque. L?échec des expériences de modernisation autoritaire survient dans un monde en pleine mutation. En effet, les premiers signes de fissuration du bloc soviétique apparaissent au moment même où l?offensive néolibérale annonce les prémices d?un paradigme nouveau devant présider à l?administration de la planète : la mondialisation. L?Amérique latine et l?Europe méridionale entament leur transition démocratique, l?Asie sort de sa longue léthargie pour montrer un dynamisme économique insoupçonné et l?islamisme le plus radical prend le pouvoir en Iran. L?ancien système mondial d?alliances s?effrite et les autoritarismes du Sud paniquent. Et pour pouvoir durer, ils se mettent en quête de nouvelles ressources politico-idéologiques et osent même se laisser tenter par les pires collusions, comme la connivence avec l?islamisme dans le cas de l?Algérie. Nos dirigeants ont promis le développement, un développement par ordonnance, sans notre avis ni notre participation. Nous avons eu le sous-développement, l?obscurité et la peur du lendemain. L?échec est patent et l?exaspération sociale est à son comble. Avril 80 est une incursion dans ce monde hésitant et l?univers incertain de l?autoritarisme. Avril 80 peut être interprété comme l?expression d?une volonté de réécrire un récit national loin du mythe, du délire, du mensonge et de l?arrangement. Un récit plus conforme à la vérité historique par l?adjonction des fragments manquants et la réhabilitation des mémoires interdites. Non, l?histoire de l?Algérie ne commence pas au VIIe siècle et ne saurait se réduire à l?épopée novembriste. Un récit par ailleurs ancré dans le réel par la réappropriation du temps et de l?espace. L?irruption soudaine et prolongée des populations dans le champ public a en effet ouvert de nouvelles perspectives. L?initiative a changé de camp. Et à ce titre, avril 80 est un moment de modernité. Il a bousculé, agacé. Mais il a éveillé et osé montrer de la vie dans une société supposée morte car «consentante». Le citoyen découvre avec surprise et soulagement qu?il existe autre chose en dehors du parti unique. Avril 80 a révélé d?autres lieux, d?autres sons, d?autres figures. Il a mis en lumière d?autres manières de voir, de concevoir, d?imaginer demain. L?exigence de citoyenneté est par ailleurs au c?ur de l?esprit d?avril 80. La réalité est plurielle et elle doit être reconnue comme telle. La démocratie n?est pas dans l?existence des différences. Elle est dans l?aménagement des espaces pour l?expression libre de ces différences. Le mouvement a su éviter l?impasse la plus redoutée, la plus redoutable, celle du repli, du rejet de l?autre, autrement dit l?affirmation par l?exaltation de la différence en réaction à la négation de cette même différence. La dictature a parfaitement saisi l?enjeu. Pour elle, parler autrement peut préparer à penser autrement et à terme, susciter d?autres droits, comme le droit de regard, le droit de choisir, le droit de s?organiser, d?entreprendre, etc. Un système sans mémoire L?appel de la culture, compris comme la liberté de création au sens le plus étendu, et le ressourcement dans la profondeur historique partagée par tout le nord de l?Afrique pouvaient constituer une réponse aussi bien à l?impasse autoritaire qu?au défi d?un monde en pleine mutation. Hélas, aveuglés par la seule question du pouvoir, nos dirigeants ont depuis longtemps perdu le sens des perspectives historiques. Aussi, face au Printemps 80, ils feront le choix de la répression, de la guerre idéologique et de la propagande la plus odieuse. Tous les métiers détestables de la dictature sont mobilisés pour pervertir le mouvement : intoxication, infiltration, noyautage, manipulation et autres. Les Kabyles sont accusés de séparatisme et de complot contre l?Etat. Ils sont également accusés d?avoir brûlé le Coran et souillé le drapeau. Cela a eu pour résultat immédiat de créer un effet d?aubaine dans les milieux conservateurs et au-delà. Comment interpréter une telle démarche irresponsable sinon comme un feu vert à toutes sortes de dérives, un appel au crime ? L?inquisition islamiste ou la gâchette facile des services de sécurité ne trouvent-elles pas là leur explication ? N?est-ce pas là la meilleure manière de mener à bien la fracturation nationale ? Nulle part dans le monde il n?existe de problème identitaire. En revanche, il y a des stratégies identitaires. Elles sont à l?origine des plus grands drames de l?humanité. Notre pays a eu à en payer le prix fort. En effet, en déplaçant la problématique d?Avril 80 du terrain politique vers le terrain idéologique, le pouvoir a rendu possible l?évolution la plus sombre pour le pays. La décennie sanglante est la conséquence directe la plus visible. Mais en dépit de toutes les tragédies vécues, nos dirigeants ne semblent pas avoir exorcisé en eux cette tendance irrésistible à l?inamovibilité, tentation à vouloir rester à n?importe quel prix. Une existence sans vie Aujourd?hui, tamazight jouit d?une reconnaissance formelle. Ce n?est pas rien. Toutefois, elle est sans existence réelle. La promotion de tamazight va très vite buter sur le mur où se sont déjà fracassés le multipartisme, le droit de grève, la liberté de culte, la liberté d?expression, le droit de choisir librement les gouvernants, la liberté d?entreprise ; bref, toutes les libertés individuelles et collectives. Il s?agit bien sûr de l?absence de l?Etat de droit et de la médiation démocratique. L?académie portera les limites liées à la nature du système et à l?état des libertés publiques en situation autoritaire. L?autoritarisme impose des limites à l?intérieur desquelles aucune forme de liberté ne peut exister. Le propre des constructions virtuelles est d?offrir de l?illusion. Celle-ci peut tromper. Elle peut également «séduire». L?impatience, source de tous les opportunismes, se charge du reste. Il s?exprime déjà un droit de propriété sur la future Académie de la part de certains au titre de leur engagement réel ou supposé pour la cause amazighe. Cette attitude néo-patrimonialiste n?est pas sans rappeler la légitimité historique dont se drape l?autoritarisme pour justifier sa longévité. Pour les besoins de ses échafaudages à venir, le pouvoir semble vouloir encourager l?émergence d?interlocuteurs «sur mesure» en Kabylie. Les candidats, comme d?habitude, ne manquent pas. L?officialisation de Yennayer a déjà donné lieu à une profusion de propos répugnants faisant l?éloge du pouvoir et tenus par de piètres chefaillons sans racines et dont le seul domaine d?excellence est le grenouillage et l?offre de service. Ils n?ont même pas l?envergure des grands traîtres. C'est-à-dire trahir la tête haute, en assumant, sans avoir à se cacher derrière un accent, une posture ou une paire de lunettes. Encore et toujours la Kabylie La Kabylie est sans cesse suspectée et constamment sommée de prouver sa loyauté. Après chaque preuve, il est exigé d?elle une autre preuve, puis la preuve de la preuve et ainsi jusqu?à frôler l?affront. Cette récurrente mise à l?épreuve cache en réalité un mépris inavoué et un rejet inavouable. Le délit de kabylité est là. Il est le résultat d?une élaboration lente et ancienne et tire ses origines dans le mouvement national. La Kabylie a de tout temps évolué sur le fil du rasoir. Pourtant, jamais la Kabylie n?a formulé la moindre demande spécifique, la moindre revendication pour elle-même. Les combats portés par la Kabylie sont des combats pour tous. Ils ont toujours eu pour effet de propulser tout le pays vers moins d?arbitraire et plus de liberté. Elle a payé cher et seule cet engagement pour tous. On ne peut à la fois pratiquer l?isolement de la Kabylie et lui faire un procès en sécession. Elle est en ce moment victime d?un déni de développement flagrant. De hauts responsables de l?Etat le concèdent. Cette politique d?exclusion sournoise doit cesser. Tout ce qui a été dit, écrit et fait contre la Kabylie déshonore la République. L?Etat ne peut se dérober au devoir de repentance et de réparation. La Kabylie n?est pas destinée à être une province turque juste bonne à payer l?impôt. Pas plus qu?elle n?est condamnée à servir de lest dans des rééquilibrages occultes ou à subir indéfiniment et sans réagir aux descentes punitives d?Alger. Le vivre-ensemble impose un devoir de communion et de solidarité. Nos compatriotes des autres régions ne peuvent l?ignorer. Ce devoir doit se manifester clairement et maintenant. Si les luttes démocratiques ont du mal à aboutir, c?est principalement en raison de ces énergies manquantes, défaillantes et parfois même très complaisantes et bienveillantes avec le régime en place. L?unité ne peut exister dans l?absolu. Elle s?incarne toujours dans un destin commun, un idéal partagé. Quelle issue ? Les temps sont certes difficiles. La crise, dans son intensité et ses effets, est masquée par un unanimisme strict n?autorisant aucune critique ni même le droit au doute. Les effets de la décennie sanglante agissent encore comme argument de dissuasion et bloquent psychologiquement toute possibilité de solution. Cependant, le statu quo est indéniablement le choix le plus dangereux car il prépare au pire. La bataille pour l?Etat de droit et les libertés est celle de tous. Les segments propres et crédibles de la société doivent se rencontrer, échanger et projeter ensemble pour épargner au pays une dislocation certaine. Pour exister dans ce monde impitoyable, les solutions ne sont pas seulement d?ordre national. Elles sont aussi et surtout d?ordre régional. Il faut vite se mettre au travail.  Cela exige en premier de mettre un terme à l?aventure et à la provocation. Infliger au pays davantage d?humiliation ne peut être sans conséquences. La commémoration du Printemps berbère doit se faire sous le signe de la résurgence citoyenne et du rassemblement des forces démocratiques. L?esprit du 20 Avril est un capital capable aujourd?hui de fédérer les énergies saines et de réaliser les convergences nécessaires. Avril 80 doit être réinventé tous les jours.  
* Avril 1980 : Echos et acquis d?un combat : 19/04/18 - On a beaucoup écrit sur le Printemps amazigh d?Avril 1980. Des études universitaires, des récits, des témoignages et des manifestations commémoratives viennent régulièrement  rappeler l?originalité de l?événement, notamment dans sa manifestation pacifique et son expression plurielle. Il reste, aujourd?hui, à interroger cette séquence dans sa trajectoire historique et évaluer ses incidences géopolitiques. Comment des jeunes coupés de leur mémoire et exclus des débats sont-ils parvenus à reformuler un récit national congelé par la propagande, en explorer librement la substance pour y semer des vérités peu orthodoxes qui, aujourd?hui, s?imposent à tous ? Comment se fait-il qu?au-delà de reflux épisodiques, la quête de vérité historique, de modernité et de transparence insufflée en 1980 dure, mieux, elle continue de diffuser dans les espaces les plus inattendus. L?héritage était pourtant lourd. La violence opposée à la tentative de lycéens du MTLD de soulever, dès 1949, des questions politiques et institutionnelles qui se posent toujours au pays eut des conséquences terribles. Depuis cet étouffement, l?équation algérienne fut réduite à sa forme la plus rêche : rapport de force, opacité et unicisme. Le projet tué dans l??uf en 1949 fut suivi en 1954 par une précipitation du déclenchement de la guerre qui engendra un coût humain et matériel démesuré et l?Etat démocratique et social préfiguré à la Soummam en 1956 fut rapidement attaqué. Des analyses de ces trois séismes politiques émergèrent deux conclusions qui firent consensus : avec sa dimension amazighe, la redéfinition d?une entité algérienne plurielle devait être affirmée en tant que préalable au projet démocratique national. Le postulat ne devant, par ailleurs, être aliéné par aucun agenda politique ou électoral. Ce cheminement intellectuel, suivi simultanément au pays et dans l?émigration, se traduisit par le choix du combat pacifique ? option étrangère au stock politique algérien ? de l?émancipation démocratique par la culture en lieu et place de la doxa ambiante et, enfin, du pluralisme. D?où la maturation progressive d?un projet global faisant pièce à un arabo-islamisme négateur de toute altérité. Massinissa est le précurseur de la nation originelle ; Saint-Augustin prépare à Ibn Khaldoun ; la femme est incarnée par Kahina, qui annonce Fadhma n'Soumer ; l?islam sécularisé n?implique pas la section des racines. Et, dans cette histoire recomposée, le citoyen est acteur et arbitre de la cité?Plus généralement, la panamazighité confère à l?Afrique du Nord une singularité qui l?élit à un autre destin que celui de débris mimétique d?un Orient fantasmé qui a mystifié le discours nationaliste. Une révolution géopolitique. Ces propositions s?affinèrent dans une grande tolérance malgré les divergences tactiques et les provocations d?un système prêt à exploiter la moindre dissonance dans ce qui n?était encore qu?une nébuleuse. Si des polémiques n?ont pas toujours été évitées, les militants ont su tenir sur l?essentiel : ne jamais se tromper de cible. Très peu d?animateurs avaient outrepassé la dignité qu?appelle un débat d?idées. Qu?en est-il aujourd?hui ? Des sphères du mouvement, traditionnellement réfractaires aux opportunismes, aux raccourcis et aux anathèmes, sont muettes ou parasitées au point d?être inaudibles. Les universités voient leur influence intellectuelle péricliter. Le tissu associatif officiel se délite et le militantisme vénal, naguère propre aux recrues du pouvoir, s?insinue dans les rangs de l?opposition démocratique. Le débat n?y est pas indemne de violences verbales ou de surenchères populistes. Les repères se brouillent. Dans le match de l?Histoire courte et sur l?écorce sociale, le point est au pouvoir. Que peut-on en tirer comme conséquences ? Que l?étalonnage de notre combat ne doit pas se faire sur le court terme. Comme pour tout challenge inscrit dans la durée, le bilan d?étape est nécessairement nuancé. On peut regarder avec une légitime circonspection la reconnaissance de Yennayer quand on sait que le Haut-Commissariat à l?amazighité (HCA) est sans président depuis 2004. On peut également supposer que l?académie amazighe sera confiée à des affidés qui en feront une instance alibi? avant que le balancier des concessions politiciennes ne reparte dans l?autre sens. Il n?empêche, pour un régime qui a proscrit dès l?indépendance le terme amazigh des textes fondamentaux du pays, ces replis tactiques sont des revers dont les prolongements ne manqueront pas, à terme, d?ouvrir des opportunités difficilement manipulables. On sait, en effet, que sur les grandes thématiques sociétales la charge symbolique finit toujours par peser, d?une manière ou d?une autre, sur l?Histoire lente qui façonne les invariants du quotidien des peuples. Malgré un environnement national désarmé moralement, Avril 1980 a globalement immunisé l?humus social kabyle contre l?intégrisme en déclenchant ou en stimulant l?estime de soi et l?auto-mobilisation collective, moteurs de la citoyenneté.Face à la politique de pollution culturelle d?Etat, des jeunes s?organisent pour nettoyer un hameau, restaurer un site archéologique ou préserver un environnement menacé. Des acteurs, se saisissant de l?outil informatique élaborent des lexiques, organisent des festivals de théâtre et de cinéma amateurs, des éditeurs, dont le ministère de la Culture ignore jusqu?à l?existence, publient des ouvrages qui rencontrent un lectorat assidu. D?une certaine manière, c?est par le même procédé que nous avions contourné le caporalisme culturel et communicationnel quand nous avions lancé au début des années 1980 la revue Tafsut dans une période glacière. Expression d?un mouvement tectonique qui transcende aléas et conjonctures, ces actions citoyennes et ces productions en amazigh sont souvent le fait de jeunes soumis à un système éducatif qui renie le libre arbitre et combat l?esprit critique. Chez la diaspora aussi, le Printemps amazigh imprègne et inspire, malgré des exils souvent douloureux, les nouvelles vagues d?émigrés. Ces populations s?adaptent et se forment en transmettant autour d?elles une mémoire positive du pays d?origine. L?exact contraire du migrant salafiste, qui vampirise les banlieues d?un Occident resté aveugle et sourd devant la barbarie qui a endeuillé l?Algérie. Lorsque la nation sera restituée à son peuple, ces catégories constitueront un appoint essentiel pour la rénovation démocratique. Au-delà de la communauté émigrée, il est loisible de constater que le printemps amazigh a débordé du pays où il a éclos. En définitive, c?est au niveau supranational que sa portée s?avère être la plus significative. Dans les faits, malgré de vraies insuffisances, c?est au Maroc que les choses avancent le mieux. Une comparaison rapide des budgets et des prérogatives de l?Institut royal de la culture amazighe (Ircam) avec la situation de son équivalent algérien, le HCA, permet de mesurer les écarts qui distinguent les mises en perspective des deux pays. La reconfiguration progressive du royaume chérifien est naturellement due aux combats menés par les démocrates marocains. Ces mêmes acteurs conviennent néanmoins que leurs luttes n?auraient pas atteint si rapidement les amplitudes qu?on leur connaît sans l?avènement du Printemps amazigh en Kabylie. L?amazighité marocaine, assimilée abusivement à la ruralité, fut longtemps révélée par un irrédentisme qui a oscillé entre manifestations à connotation tribale et appétences féodales. L?avatar du Dahir berbère de 1930, l?archaïsme contestataire du Glaoui de Marrakech en 1953, l?insurrection de Addi ou Bihi en 1957, ou celle du Rif en 1958, de même que les deux coups d?Etat avortés dirigés contre Hassan II en 1971 et 1972 renvoyaient, entre autres causes, à la marginalisation d?un monde amazighophone majoritaire dans le pays. Des hommes, comme le chercheur émérite Mohamed Chafik, avaient de grandes difficultés à imprimer de la rationalité aux diverses luttes de leur milieu. La pédagogie d?Avril 1980 ne fut pas neutre dans l?évolution de la culture de la révolte vers celle de la construction raisonnée de la démocratie qui caractérise actuellement le mouvement amazigh marocain. Plus près de nous, les démocrates tunisiens se sont durement confrontés, pour l?instant en vain, aux islamistes d?Ennadha afin d?inscrire dans leur nouvelle Constitution la dimension amazighe. Mais ce qui était un impensé politique figure désormais dans l?agenda national de nos voisins de l?est. Même dans un climat d?instabilité générale, la réappropriation de l?identité amazighe s?affirme vigoureusement en Libye. Au Sud, la question touareg, hier folklorisée ou diabolisée, s?invite dans l?aspiration au développement démocratique régional. Des télévisions égyptiennes programment des débats particulièrement vifs, où l?on voit des intervenants revendiquer leur ascendance amazighe et d?autres appeler à la réhabilitation des racines pharaoniques du pays. On a même vu, sur certaines chaines moyen-orientales, des émissions traiter du fait amazigh. C?est la première fois qu?un mouvement d?opinion, pour l?heure modeste, parti d?Afrique du Nord, se fait entendre dans un Moyen-Orient jusque-là hégémonique dans la production des idées.  A Rabat, Alger, Tunis ou dans d?autres villes libyennes, l?emblème amazigh flotte durant les manifestations. Lors du dernier congrès du RCD, avec le drapeau algérien, il figurait sur la tribune aux côtés de ceux des quatre pays invités. D?idée référentielle, l?Afrique du Nord est revendiquée en tant qu?espace matriciel. Sans en être des répliques mécaniques, ces bouleversements régionaux doivent, peu ou prou, quelque chose au Printemps amazigh. Avril 1980 a réussi parce qu?il a su faire entrer la modernité dans nos cités par adhésion et non par effraction. On sait ce qu?a provoqué la prétention «de démocratisation» de l?Irak au forceps. C?est à ces précieux acquis que chacun se doit de penser à chaque fois qu?il est appelé à s?exprimer. Aucun coup d?Etat, aucune révolution de palais, aucune ingérence étrangère n?aurait pu concevoir et faire avancer en si peu de temps un tel chantier. Ecole de la militance éthique, le printemps amazigh est la résurgence actualisée d?une culture de résistance multimillénaire, laquelle, désormais, structure méthodiquement une citoyenneté accomplie, fidèle à son histoire et compatible avec l?universalité. A ce titre, ses valeurs sont appelées à se décliner sur d?autres scènes, à se révéler dans d?autres phases historiques et résonner à travers d?autres générations. Eternel message de Jugurtha.
* Pour un contrat de cohabitation pacifique : 19/04/18 - Derrière les effets d'annonce et le discours apaisant du pouvoir, des man?uvres souterraines pour «normaliser» les régions berbérophones risquent d'engendrer le chaos. Ainsi donc, et depuis 2016, tamazight est langue nationale, et officielle «aussi» ! Le pouvoir, qui a érigé, dès l'indépendance, l'arabo-islamisme comme idéologie exclusive de l'Etat, et l'arabe comme langue nationale et officielle unique, a-t-il donc changé de logiciel pour une approche apaisée, qui va réconcilier l'Algérie officielle avec ses réalités socio-culturelles ? Ou s'agit-il d'une ruse de guerre pour passer le gué d'une conjoncture politique délicate, jouer la montre, et revenir à la charge au moment opportun pour donner le coup de grâce ? En passant de la répression la plus brutale contre «le berbère, création coloniale», à une gestion tout en douceur d'un «patrimoine commun à préserver», le pouvoir n'a pas renoncé pour autant à son objectif stratégique : parachever l'arabisation au nom de l'unité nationale, «normaliser» les régions contestataires qui tentent de sauvegarder leurs spécificités, et réduire l'amazighité à une survivance ancestrale, une relique muséographique, un gadget folklorique pour touristes en mal d'exotisme. A défaut de contenir le «péril berbère» par la répression, on feint d'embrasser la cause pour bien l'étouffer. Tous ceux, nourris à l'intolérance des «tawabits» fascisantes, qui avaient combattu tamazight en brandissant l'étendard des Oulémas, ont fini par adopter le discours élaboré par les officines spécialisées dans les coups tordus : «Nous sommes tous des Amazighs, même si nous avons été arabisés par l'islam? L'amazighité ne doit pas être monopolisée par une ethnie ou une région?». Au-delà de la profession de foi artificielle commanditée, cette tenue de camouflage qui revendique un «patrimoine ancestral» préhistorique ne vise, en fin de compte, qu'à légitimer sa marginalisation dans le présent, pour parachever le processus d'arabo-islamisation, si cher aux Oulémas, qui va mènera inéluctablement vers sa disparition dans le futur. Les Fatwas intolérantes des Oulémas Dans le passé, les Oulémas étaient pourtant loin d'être des modèles de patriotisme pour s'imposer comme un référent idéologique dans l'Algérie indépendante. Hormis la défense de l'islam et de la langue arabe, ils se sont bien accommodés de la présence coloniale, au point de dénoncer l'insurrection du 1er Novembre 54 comme «une aventure» ! Lorsque Radio Alger avait programmé les Elak (émissions en langues arabe et kabyle) en 1948, Cheikh El Bachir El Ibrahimi s'était insurgé contre les quelques minutes concédées à l'expression kabyle : «Quelle est cette voix discordante qui nous écorche les oreilles de temps à autre? Quelle est cette voix hideuse qui s'est élevée il y a quelques années à la Radio algérienne en diffusant des informations et des chansons en kabyle...». Après plus d'un demi-siècle d'indépendance, les néo-Oulémas ne reculent devant rien, pas même devant le révisionnisme le plus grossier, en qualifiant le Congrès de la Soummam de «putsch contre les vrais révolutionnaires et les valeurs islamiques !» Pourtant, sans Abane qui les avait ramenés à reculons dans le giron de la Révolution, ces «savants», et à quelques exceptions près, auraient fini, en 1962, avec le goudron et les plumes de la collaboration. Avec comme seule légitimité le logo d'une marque devenue incontournable, les néo-Oulémas tentent aujourd'hui de faire un nouveau croche-pied à l'histoire. En acceptant du bout des lèvres l'officialisation de tamazight pour ne pas contredire l'autorité supérieure qui a initié la nouvelle tactique, ils dressent d'infranchissables check-points sur le chemin d'une hypothétique réconciliation de l'Etat avec la nation. Leur dernière fatwa, reprise à l'unisson par tous ceux qui avaient combattu l'amazighité, aurait été hilarante si elle ne portait sur un sujet aussi sensible : «Tamazight doit s'écrire en langue (sic) arabe, et être conforme aux valeurs islamiques». En poussant cette caricature de logique dans ses derniers retranchements, les Berbères seraient en droit d'exiger d'écrire «l'arabe en Tifinagh» ? Le triptyque arabité-islamité-amazighité : une imposture ! Malgré des mesures cosmétiques qui ont le mérite d'apaiser les tensions, le discours officiel a fini par montrer ses limites et révéler ses arrière-pensées. L'on se rend compte alors que le triptyque identitaire officiel ? arabite-islamité-amazighité ? en vogue depuis les années 90' est une imposture. Car, dans les faits, l'idéologie arabo-islamique reste dominante, sinon exclusive. La culture arabe a eu ses deux capitales : Alger en 2005 et Constantine en 2016 ; la culture islamique a eu la sienne à Tlemcen en 2011.Pour tamazight, c'est le parent pauvre que l'on cache aux convives, pour éviter la honte d'une tare congénitale. Si une langue ne peut être le «monopole d'une ethnie ou d'une région», elle appartient d'abord à ses locuteurs qui l'ont préservée des agressions de l'histoire, et qui veulent la développer dans un projet d'avenir. Il appartient donc à ces locuteurs, et à eux seuls, d'adopter la graphie de leur choix, dans le respect des traditions scripturales de chaque communauté. Depuis des millénaires, les Touareg ont préservé le Tifinagh, qui était en usage dans toute l'Afrique du Nord, et l'utilisent encore de nos jours. Depuis des siècles, les Mozabites utilisent le caractère arabe. Depuis quelques décennies, les Kabyles ont adopté l'API (Alphabet phonétique international), adapté par Mouloud Mammeri à la langue de Si Moh U M'hand. Tant que tamazight est maintenue dans un statut de langue dominée, à la merci de ceux qui l'ont toujours combattue, ses locuteurs seront assignés à résidence dans l'antichambre de l'histoire, en attendant d'être «arabisés par l'islam». La voie étroite d'une alternative pacifique Pendant ce temps, les attaques continuent. Ne pouvant relayer plus longtemps un discours hypocrite auquel ils ne croient pas, des personnages publics ont fini par laisser tomber le masque par des charges à la hussarde. Comme Mme Naïma Salhi. Au-delà de l'outrance dans la forme et de l'écume soulevée sur les réseaux sociaux, les éructations de la députée islamiste ont le mérite de poser un problème de fond. Peut-on, en effet, imposer une langue, une identité, une culture à ceux qui n'en veulent pas et qui se revendiquent d'une autre langue, d'une autre identité, d'une autre culture ? Assurément, non ! Car cela ne fera qu'exacerber les tensions et nourrir des frustrations qui risquent d'engendrer de terribles conflits. Cette illusion contre-productive est valable pour tamazight, mais aussi pour l'arabe dans ses différentes variantes : classique et dialectale. A une identité officielle, stratifiée en mille-feuilles et imposée par décret, il est temps de substituer les identités vécues, ressenties, nécessairement plurielles. Pour sortir de l'impasse, il est encore temps de définir les règles d'un contrat de cohabitation pacifique entre toutes les composantes d'une société plurielle, dans la diversité de leurs langues, de leurs cultures, de leurs religions, de leurs convictions politiques, et dans le respect des libertés de chaque citoyen et de chaque citoyenne? Dans le cadre de l'Etat-Nation actuel hérité de la colonisation, ce contrat risque d'être une chimère, un v?u pieux. Car, l'unité nationale au nom de «tawabits» (constantes) sclérosées a atteint ses limites : une nation menacée d'éclatement, une langue dominante qui peine à dominer les défis du siècle, une religion de plus en plus intolérante, et un parti unique décliné au pluriel. Il suffit pourtant d'ouvrir les yeux sur le monde pour voir l'alternative d'une voie étroite : suivre le modèle des pays civilisés comme le Canada, la Belgique ou la Suisse ; c'est la voie de l'autonomie des régions qui le souhaitent, pour préserver leurs spécificités, notamment culturelles et linguistiques? C'est le cas de la Kabylie, de la Vallée du M'zab, et probablement du Hoggar avec les Touareg. Ou s'abîmer dans un indescriptible chaos lorsque viendra à éclater le «ciment» factice qui avait maintenu par la contrainte une cohésion nationale artificielle. Comme au Rwanda, en Irak, en Libye ou en Syrie? «La main de l'étranger» Il faut, hélas, se rendre à l'évidence. A moins d'une providentielle inflexion, le pouvoir semble engagé dans le scénario du pire, malgré un discours de raison en apparence. Au-delà des man?uvres qui ont piégé le débat, une armée de «moines-soldats» salafistes est lancée à la conquête de la Kabylie. La région rebelle qui avait, dans les années 80', défié pacifiquement la dictature du parti unique, et résisté, les armes à la main, au terrorisme islamiste dans les années 90', peine à trouver ses marques et à secréter les anti-corps nécessaires à la sauvegarde de son identité, de sa culture et de sa langue. Même la pratique ancestrale d'une spiritualité apaisée commence à sentir le soufre. Ces nouveaux «missionnaires», relais d?officines occultes, sont chargés, avec de lourds moyens financiers, d'organiser la «mise à niveau de la Kabylie» en imposant un dogme étranger, radical, intolérant. Objectif : réduire ses capacités de résistance pour devenir, enfin, «une région soumise comme toutes les autres». Depuis quelques années, nos cérémonies de mariage et les rites de nos funérailles, en cours depuis des siècles, seraient illicites, nos imams pacifiques des ignares à rééduquer, et les mausolées de nos saints, des survivances païennes à détruire. Le décor est donc planté. Le discours officiel qui a souvent accompagné la répression des mouvements contestataires en invoquant l'inévitable «main de l'étranger», n'est plus crédible. Lorsque la véritable «main», qui a dessiné les contours du «nouveau Moyen-Orient», viendra frapper réellement à nos portes, il n'y aura alors pas grand monde pour y croire...
* Un combat idéologique : 19/04/18 - Le recul du touareg dans le Sahel est spectaculaire avec l?avancée du salafisme, comme est spectaculaire la progression du même salafisme jusque dans le village le plus haut perché du Djurdjura où la multiplication des hidjabs efface du quotidien la traditionnelle robe kabyle. Aujourd?hui plus que jamais, les questions identitaire et linguistique en Algérie ne sauraient être réduites à des questions techniques. C?est d?abord et avant tout une affaire politique, idéologique. Or, sur le terrain de l?identité et de la culture, les tenants de l?arabo-islamisme ont gagné la bataille idéologique pour des raisons sur lesquelles nous ne revenons pas ici. Leur victoire a été parachevée grâce à la récupération du capital du mouvement national, récupération réalisée notamment par le biais de l?Education nationale confiée au oulémiste Ahmed Taleb Ibrahimi. Gagner la bataille idéologique, c?est s?assurer de la légitimation sociale de son action et de la diabolisation de son adversaire. A présent, déconstruire l?imposture arabo-islamique, c?est rendre possibles d?autres alternatives. Dans son livre Gouverner au nom d?Allah, Boualam Sansal évoque ces années de l?après-indépendance où l?on regardait, incrédules, parfois avec amusement, voire condescendance, le mouvement islamiste partir à la conquête de la rue et des universités en s?appuyant sur une idéologie si rétrograde, si anachronique que son échec paraissait inéluctable. Il y a un peu de cette approche chez la mouvance amazighe, toutes tendances confondues, qui s?est peu penchée sur cette idéologie expansionniste aux ambitions planétaires alors que celle-ci déroule, aujourd?hui encore et sous nos yeux, un véritable rouleau compresseur en Afrique. Langues et cultures locales sont écrasées par une islamisation qui s?accompagne toujours d?arabisation. Au Nigeria, Boko Haram s?exprime en arabe. Le recul du touareg dans le Sahel est spectaculaire avec l?avancée du salafisme, comme est spectaculaire la progression du même salafisme jusque dans le village le plus haut perché du Djurdjura où la multiplication des hidjabs efface du quotidien la traditionnelle robe kabyle. Ayant été la cible, en 1952, d'une campagne calomnieuse menée par Le Jeune Musulman d?Ahmed Taleb Ibrahimi contre son premier roman, Mouloud Mammeri est une des rares exceptions à avoir pris la mesure du phénomène arabo-islamique. Dans son dernier livre consacré à Ccix Mu end, il range, suivant les critères de Max Weber, Djamal Eddine Al Afghani dans la lignée des prophètes, prenant ainsi en compte et, à sa juste valeur, l?énorme travail intellectuel accompli par des idéologues musulmans qui ont eu à s?imposer face à la domination occidentale. Les dirigeants de l?association des oulémas qui ont importé cette idéologie en Algérie, se sont contentés, quant à eux, de se positionner en relais, en simples caisses de résonance, reprenant à leur compte jusqu?au nom de Nahda, oubliant, et même combattant, toute spécificité nationale, c?est-à-dire l?amazighité, à l?inverse de ce qui s?est passé en Iran ou en Turquie, pays fiers de leur passé et de leurs cultures nationales. Les Oulémas qui ont combattu l?assimilation par la culture française l?on remplacée par une autre assimilation, arabo-islamiste, celle-là. La naissance du mouvement oulémiste en Algérie est concomitante de l?émergence de l?idée nationaliste moderne, les deux mouvements évolueront en parallèle et s?opposeront à maintes reprises, notamment sur la question du rattachement de l?Algérie à la France, position soutenue par les Oulémas. Ce problème se posera notamment après le meeting du 2 août 1936 à Alger où deux dirigeants de l?Etoile nord-africaine, Messali Hadj et Messaoui Rabah, prendront la parole devant la foule qui les acclama. Messali s?exprima en arabe populaire et Messaoui dans «notre langue nationale, le kabyle», selon les termes du présentateur. Dans ses mémoires, Messali rapporte qu?il a été vivement repris par un orateur oulémiste pour avoir dit que la terre algérienne n?était pas à vendre et qu?elle ne devait être rattachée à personne. En réplique à ces affirmations perçues comme autant d?attaques contre son mouvement, le leader oulémiste tonna : «Comment un pigeon sans ailes pourrait-il s?envoler vers les cieux ?» A la suite de ce meeting, Messali entreprend une tournée très réussie dans l?Algérois. Oulémas contre le mouvement indépendantiste Echaudé par l?écho que rencontre l?idée de l?indépendance dans les meetings de Messali, le sous-préfet de Constantine interdit toute réunion publique à la délégation du Congrès musulman à laquelle s?était joint Messali. Ce dernier rapporte dans ses mémoires comment sa proposition de protestation contre cette interdiction essuya le refus de Bachir El Ibrahimi. Il ne put même pas trouver une salle pour y tenir un meeting en privé. Constantine, ville acquise aux Oulémas, est restée fermée au leader indépendantiste. Il dut se contenter d?une réunion dans un café-restaurant avec une poignée de militants. Cet échec à Constantine contraste avec les succès qui venaient d?être enregistrés dans l?Algérois et ceux remportés en Kabylie en dépit du handicap linguistique qui conduit Messali à employer dans ses meetings «l?arabe et français pour permettre à tout le monde [des auditeurs par milliers] de bien comprendre», nous dit le leader de l?ENA. Naturellement, ce ne sont pas les activités des Oulémas en faveur de l?islam ou de l?arabisation, systématiquement saluées par Messali, qui l?opposent aux Oulémas mais leur dangereuse «position antinationale», ainsi qu?il l?explique à ses militants de Constantine. Toujours dans ses mémoires, le dirigeant de l?ENA considère que les Oulémas étaient utilisés contre le mouvement indépendantiste par l?administration coloniale entre les mains de laquelle ils «étaient devenus des jouets». Chacun sait que le courant des Oulémas ne s?est rallié à l?idée d?indépendance que deux ans après le déclenchement de la guerre de Libération et que, si l?on en croit Ahmed Ben Bella, Bachir El Ibrahimi aurait été condamné à mort par le FLN, sentence non exécutée eu égard à l?âge avancé du condamné, toujours selon l?ancien président. Il faut cependant se garder de conclusions hâtives qui seraient erronées, cette ligne est dictée par les orientations idéologiques qui fondent le mouvement des Oulémas. Ceux-ci considèrent que la seule nation qui vaille la peine d?être défendue est la supra nation «oumma» islamique en dehors de laquelle rien n?a de sens. Ainsi Ben Badis fut-il tenté un moment par le modèle de l?apartheid appliqué en Afrique du Sud comme alternative au régime algérien. De son côté, l?intellectuel islamiste Malek Bennabi, dissertant en 1951 sur la «colonisabilité», assimilait le mot d?ordre «à bas le colonialisme» à une «vocifération de foire», voire une trahison, et considérait que fixer des frontières en parlant de «problème algérien» relevait de l?égarement. Ce discours qui avait choqué en son temps possède une cohérence, celle de ceux qui considèrent que la religion, plus précisément l?islam et, pour être encore plus précis, leur conception de l?islam est une vérité absolue qui doit être l?alpha et l?oméga de toute entreprise humaine. Pour Bennabi qui ne trouvait rien dans l?histoire des Berbères qui fût «digne d?intérêt», Jugurtha qui a vécu plusieurs siècles avant l?islam ne pouvait constituer un modèle qui puisse inspirer un sentiment de résistance à la domination coloniale. Bennabi était inapte à comprendre le cri de révolte de Jean Amrouche : «Nous sommes dix-huit millions de Jugurtha !» lancé au nom de tous les Nord-Africains au lendemain des massacres dans le Sétifois. Une récente polémique opposant Ahmed Taleb Ibrahimi à Belaïd Abdeslam qui a fait du reniement de son amazighité un élément structurant de sa carrière politique vient opportunément relancer ce débat. Contre toute attente, Belaïd Abdeslam, surtout connu pour ses sorties contre les «laïco-assimilationnistes», éreinte dans son dernier livre les Oulémas en général et Ahmed Taleb Ibrahimi en particulier qu?il décrit comme un personnage obséquieux coupable de s?être servi de l?arabisation pour renforcer l?emprise des Oulémas sur le ministère de l?Education lorsque ce dernier en avait la charge. C?est ce qui valut à Ahmed Taleb d?être limogé par Boumediène et d?être remplacé par Mostefa Lacheraf, selon Abdeslam. Celui-ci ajoute que Boumediène aurait dit à Ahmed Taleb que «l?Algérie moderne avait été l??uvre et la création de la génération qui l?avait libérée et qu?elle n?avait été aucunement le résultat de l?entreprise du Cheikh Ben Badis ou des Oulémas». Belaïd Abdeslam, qui n?épargne ni le fils ni le père Ibrahimi, affirme que ce dernier, alors au Caire, aurait accueilli le premier novembre 1954 comme «l?annonce d?une catastrophe». Dans sa très longue contribution parue dans Le Soir d?Algérie, Ahmed Taleb Ibrahimi «répond à côté» aux allégations d?Abdeslam. Sur la question de l?indépendance nationale, point essentiel de légitimation de l?entreprise des Oulémas, Ahmed Taleb affirme que rien n?opposait les militants du PPA et ceux des Oulémas. Or, nous venons de voir ce qu?il en était, selon le leader même du PPA. Par ailleurs, Ahmed Taleb écrit que les Oulémas ont accompli un travail fondamental en faveur de la sauvegarde de l?identité algérienne, point sur lequel il revient à plusieurs reprises dans son texte. Dans Les Mémoires d?un combattant, Hocine Aït Ahmed, alors qu?il venait de prendre le maquis en 1945, s?est dit blessé par des mots de Bachir Ibrahimi qualifiant le kabyle de langue qui écorchait les oreilles. Pour ne pas prêter flanc aux mêmes critiques formulées par Ahmed Taleb envers Abdeslam à qui il reproche de s?en prendre à son père sans le citer dans le texte, voici les extraits des propos de Bachir Ibrahimi traduits par M. Tilmatine : «Quelle est cette voix discordante qui nous écorche les oreilles de temps à autre ? Quelle est cette voix hideuse qui s'est élevée il y a quelques années à la radio algérienne en diffusant des informations et des chansons en kabyle... La vérité est que la nation est arabe, et que les Kabyles sont des musulmans arabes, leur livre, le Coran, c'est en arabe qu'ils le lisent et ils écrivent en arabe et ne veulent d'alternative ni à leur religion ni à leur langue [l?arabe]...».Notons que Bachir Ibrahimi n?attaque pas le français, mais le kabyle qui n?aurait pas sa place à la radio. Le kabyle qui, à ses yeux n?est même pas une langue, mais une simple voix hideuse. Partisan forcené du reniement de l?amazighité de l?Algérie et par voie de conséquence adepte inconditionnel de l?assimilation arabo-islamique, Bachir Ibrahimi s?acharne à effacer toute trace d?authenticité identitaire à même de mettre à nu son imposture. Réfugié au Caire pendant la guerre, les délicates oreilles du «savant» n?ont pas été écorchées par des «voix hideuses». Celles amazighes des Aurès, amazighes du Djurdjura, amazighes du Chenoua et de bien d?autres régions encore, toutes celles des jeunes maquisards qui, par centaines de milliers, tombèrent en versant leur sang pour libérer leur patrie. C?est pour cet «apport fondamental» des Oulémas à l?identité algérienne dont nous venons de voir un échantillon qu?Ahmed Taleb sollicite notre reconnaissance dans sa longue contribution. Dans ce texte que parcourent du début à la fin les mots islam, arabe, Oulémas, identité algérienne, Ahmed Taleb omet mentionner, ne fût-ce qu?une seule fois, le mot amazigh? Que par piété filiale Ahmed Taleb ait voulu épargner, même dans l?au-delà, la «hideuse» sonorité du mot amazigh aux oreilles de son «révéré» père est, certes, plausible, mais ce que révèle surtout une telle licence par rapport à la vérité historique, ce sont la considération, le crédit qu?accordent les hommes du sérail à la «réhabilitation» constitutionnelle du tamazight promu au rang de langue officielle, et le sort qu?ils entendent lui réserver.
* Une flamme inextinguible : 19/04/18 - Les militants de la revendications identitaire amazighe n'ont pas été en reste, loin s?en faut. Jusqu?à nos aînés de l?époque, dociles habituellement, ils vont crier à l?injustice faite à notre identité étouffée et marginalisée. Pour restituer l?ambiance des années avant 1980, il vient à l?esprit de se référer à un événement politique qui marque la période Boumediène : la charte nationale. Dans l?agenda du pouvoir de l?époque qui voulait sortir de l?informel Conseil de la révolution et asseoir sa domination définitive sur le pays, il fallait organiser cette grande messe populaire. Nous étions appelés, nous Algériens, transparents et inaudibles jusque-là, à nous exprimer librement. L?appareil du parti FLN était chargé de répertorier nos opinions, les traiter pour établir des synthèses transmises au sommet de la hiérarchie. Souvent les autorités ont été surprises par l?audace critique de beaucoup d?intervenants, sortis d?une société où la démocratisation de l?enseignement à tous les échelons a opéré. Acquis indéniable du régime avec ses autres réalisations dans tous les domaines par ailleurs, il faut le dire par honnêteté intellectuelle. L?équipe gouvernementale ayant succédé au régime chaotique de Ben Bella, volontariste à souhait, porté par l?immense prestige de la Révolution algérienne victorieuse, planait sur le pays. Peu lui importe la dépolitisation de la société par la caporalisation systématique des forces vives ? syndicat, étudiants ? que les observateurs politiques notaient déjà comme grave dérive du régime. Boumediène parlait de l?homme nouveau algérien, de langue nationale, langue de fer et de l?acier, quant à ses institutions, elles devaient survivre aux hommes. C?est ce que nous n?allons pas tarder à savoir justement à sa mort, par la manière la plus éloquente dont fut organisée la succession : le plus ancien dans le grade le plus élevé de l?armée qui est désigné. Pour revenir à mon propos, à cette occasion donc, tous les militants porteurs d?idées progressistes vont se saisir de cette opportunité pour s?exprimer, les militants de la revendication identitaire amazighe n'ont pas été en reste, loin s?en faut. Jusqu?à nos aînés de l?époque, dociles habituellement, ils vont crier à l?injustice faite à notre identité étouffée et marginalisée. Un réseau se constitue pour inonder d?amendement les nombreuses réunions organisées par le parti. Les services du régime frappés par l?ampleur et la force de cette vague revendicative se sont crus obligés de répondre par la voix du chef suprême lors du discours de clôture des travaux de la Charte. «L?essentiel pour lui est que le jeune Algérien à sa descente d?avion au Caire et à Baghdad s?entende avec ses frères arabes.» Quant à nous, il ne nous reste qu?à cacher notre honteuse identité. Un peuple reste toujours attentif et sensible aux idées subversives, aspirant à la liberté, dont la plus essentielle vivre sa culture, s?exprimer dans sa langue maternelle et s?y épanouir. Empêcher cet élan naturel est la pire des aliénations. Le décor est planté pour accueillir le Printemps berbère, la nouvelle génération, née à l?orée de l?indépendance n?a pas connu la guerre, arrive à l?université par contingent successifs, cette fois à Tizi Ouzou, au c?ur de la Kabylie en plus d?Alger. Le régime politique algérien procède à quelques réaménagements et mesures de détente, à l?intronisation de Chadli par l?armée, seule institution qui vaille dans le pays en définitive. Puis se remet à se recroqueviller, gérant le pays par autoritarisme et arrogance, déployant une idéologie uniciste et conservatrice (arabo-islamiste). S?agissant de notre région, la Kabylie profondément marquée par les affres de la Guerre de Libération nationale atroce, son traumatisme est aggravé par la crise politique de 1963 avec l?avènement de l?opposition du FFS, amenant l?intervention de l?ANP et autres corps répressifs avec son lot de morts, d'arrestations et de sévices. Le psychotrauma transmis est vivace dans la mémoire collective. Aussi a-t-il suffi en mars 1980 d?interdire une conférence du symbole et chantre de l?amazighité, Mouloud Mammeri, pour que le grand feu d?Avril 1980 s?allume. Cette flamme inextinguible demeurera à jamais portée par une volonté militante puissante, formulée avec force et clarté : liberté démocratique, liberté d?expression, droit à notre identité d?exister, tout cela dans le cadre de l?Etat de droit. Cette dynamique va s?inscrire dans le sillage des grands combats de la libération et de la modernité, pacifiques et humanistes. C?est un grand moment de l?histoire pour notre nation. Les dirigeants vont rater une possible ouverture pour la démocratie et l?économie moderne avant même la chute du mur de Berlin ! Au contraire, ils n?auront de cesse à s?acharner sur cette jeune pousse fragile de démocratie et de liberté, laissant la voie à toutes sortes d?influences obscurantistes et rétrogrades. Le pays vivra dura les années 1980 de multiples convulsions sur tout dans les grands centres urbains, mal conçus, dépourvus d?espace de culture et d?échange. La jeunesse frustrée s?y entasse, sans espoir, avec des horizons bouchés, c?est l?inévitable explosion sociale avec le cycle de répressions. Durant cette période, le mouvement démocratique en Kabylie tentera d?ouvrir des chantiers en matière de citoyenneté et droits de l?homme. La réponse est toujours la répression avec des arrestations systématiques des militants. La chute du prix du baril de pétrole à partir de 1986 amène le séisme d?Octobre 1988, ébranlant les soubassements du système. Les limites de l?économie rentière apparaissent au grand jour, l?armée intervient pour sauver le régime assiégé par de jeunes émeutiers. Ils payeront le prix fort de la révolte : des centaines de morts et les sévices de la torture. Le pays sera profondément marqué par ces événements. Chadli et son équipe de réformateurs vont tenter cette fois l?ouverture. La mouvance démocratique, où notre mouvement culturel est en bonne place, partira en rangs dispersés, l?histoire révélera plus tard les tenants et les aboutissants de cette divison. Cela ne l?empêchera pas d?imprimer sa marque en portant très haut l?idéal démocratique avec une jeunesse engagée et enthousiaste dans la lutte. L?aventure va tourner court avec l?arrêt du processus électoral après la victoire écrasante du FIS. Là aussi, il y a matière à disserter sur l?irresponsabilité et l?aventurisme des uns et des autres, nous plongeant dans une guerre civile qui a failli engloutir le pays. Durant cette tragédie, les citoyens militant les mains nues, avec leur seule détermination, n?ont jamais cédé un pouce au fascisme rampant et à la militarisation totalitaire, arrachant des acquis et rendant la question amazighe et démocratique incontournable dans l?échiquier politique. Plus tard en 2001, ils vont tomber par dizaines sous les balles assassines de ceux que nous avons sauvés des griffes du totalitarisme intégriste. Pour l?histoire, il faut le dire : sans la Kabylie, l?Algérie aurait été une république islamiste, puisque tout le reste du pays était acquis au FIS. Quel bilan peut-on tirer de ces décennies de lutte ? Si le mouvement a durablement et profondément ancré ses idées dans la société, particulièrement en Kabylie, rien n?est acquis, tant l?évolution du pays est des plus incertaines. Les manifestations des jeunes récemment ? parfois collégiens ? prouvent la persistance vivace de la revendication intériorisée à jamais dans la conscience collective. Si le pouvoir a accédé aussi tôt à leur demande en octroyant Yennayer journée fériée et en promettant la relance du projet de l?académie amazighe, il n?y a pas d?illusion à se faire. Que valent en effet ces concessions ajoutées à tamazight langue officielle, mais en terre arabe avec la langue arabe langue de l?Etat, problématique évoquée par les universitaires militants de la cause dans votre journal. Trop peu et trop tard pendant que les activités culturelles, comme les conférences organisées par des associassions et le Café littéraire, sont surveillées de très près par la police et l?administration locale, lorsqu?elles ne sont pas interdites. Dans un monde qui va très vite, il faut avoir le courage de regarder notre réalité avec lucidité. L?Etat colonial occupé en hâte en 1962 sans être repensé, la Constituante ayant vite avorté, ses nouveaux occupants agissent depuis dans l?urgence pour répondre aux immenses besoins de la population, improvisant sans cesse. Aujourd?hui, cet édifice étatique promis à la pérennité craquelle de partout, révélant des insuffisances béantes notamment en matière d?économie. En effet, que vaut la souveraineté d?un pays en banqueroute ? Aussi notre participation en tant que sensibilité politique aux institutions nationales et locales (APN, Sénat, APW, APC) doit être impérativement évaluée : qu?avons-nous apporté à notre cause par notre implication dans le système ? Sans vouloir minimiser les efforts de ceux qui se sont battus sincèrement à l?intérieur, surtout dans les instances locales, cela pour rester positif. Il faut admettre la capacité d?intégration redoutable du régime des opposants politiques afin de les décrédibiliser, la population observe et n?est pas dupe. Par contre, il faut saluer le travail colossal effectué avec des moyens dérisoires par nos universitaires, artistes et autres créateurs dans le domaine amazigh, rendant irréversible le processus de production dans le champ intellectuel et artistique, notamment dans les modes d?expression modernes : cinéma, littérature et recherche. L?éveil d?initiative citoyenne dans nos villages dans la lignée de notre organisation sociale ancestrale remise à jour avec modernité est remarquable. Le salut de demain est là, afin de s?autonomiser et s?autogérer en toute indépendance. Les militants de la cause ont le devoir d?opérer une rupture pour arrêter de tourner en rond dans le terrain délimiter par le pouvoir, qui fixe ses propres règles pour nous faire évoluer selon son agenda et nous autoriser quelques miettes de la rente pour survivre et perdre son âme en même temps. Les grands projets ont besoin de temps et d?efforts, surtout intellectuels, pour créer un autre paradigme avec une nouvelle vision du monde, monde village. Nous n?irons pas seul, nous choisirons nos interlocuteurs et nos valeurs, notre mouvance a toujours travaillé dans le sens de l?émancipation citoyenne. Le moment est venu de revisiter en le revivifiant le Printemps berbère, le mettre à jour des préoccupations de l?heure, comme l?environnement gravement atteint, l?économie qui ne peut être que sociale et solidaire, pour ne laisser personne sur la route et ramener la sécurité et la sérénité, notre sobriété ne sera que plus heureuse, selon la formule de notre compatriote sage, Pierre Rabhi.
* Pour une école régionalisée : 19/04/18 - La refondation du système éducatif à adapter aux régions ayant une demande linguistique suppose un changement de paradigme politique comportant une autre vision de la nation et de l?Etat. Le 20 avril 1980, une génération de militants de Kabylie, soutenue par la population ,manifestait pour la première fois pour le respect de leurs droits linguistiques et culturels. Réprimés violemment, 24 d?entre eux furent emprisonnés et accusés d'«atteinte à la sûreté de l?Etat». Trente-huit ans de luttes continuelles plus tard, le 20 avril 2018 est célébré sous d?autres auspices, dans une conjoncture marquée par une série d?annonces faites par le pouvoir. Reconnue comme langue officielle depuis 2016, ce n?est que cette année qu?une loi organique pour la promotion de la langue amazighe est annoncée avec la création de l'Académie amazighe. Quel enseignement  pour tamazight ? En attendant de juger le contenu de cette loi, il est  essentiel que les  amazighophones s?interrogent sur ce qu?ils veulent réellement. La revendication qui semble la plus partagée est une demande d'un enseignement généralisé et obligatoire de tamazight sur tout le territoire national. Cette proposition, sans doute nécessaire si on privilégie le rôle de tamazight en tant que vecteur du recouvrement de l'identité amazighe de l?Algérie, est loin d'être suffisante pour la sortir du classement de langue vulnérable de l?Unesco. Compte tenu du caractère  jacobin de l'Etat algérien, de la réalité démographique et de la prédominance institutionnelle de la langue arabe, la place de tamazight, dans les conditions actuelles, sera minorée à l'image de sa position dans la Constitution. Le système éducatif étant l'indicateur de la place politique des langues dans un pays, le choix de la langue d'instruction, et donc de la langue dominante, est une question éminemment politique. En raison de l'institution d'une école unique et du contexte politico-socio-linguistique, l'enseignement des matières continuera de se faire en langue arabe, pérennisant de ce fait sa domination en rendant son usage nécessaire pour accéder à la vie active. Même généralisée et obligatoire, si tant est que cela soit possible, tamazight sera réduite à une langue du patrimoine, relevant bien plus du symbolique, témoignant effectivement de notre appartenance identitaire, mais sans fonction sociale vitale, elle sera inéluctablement condamnée à terme à la disparition en tant que langue vivante. A cet égard, l'exemple de la langue kabyle est édifiant. Celle-ci est fort heureusement encore vivante, notamment  dans le pays profond, et véhicule différentes expressions culturelles. Mais il est incontestable que le nombre de locuteurs est en régression continue, malgré la constitutionnalisation de tamazight et son enseignement scolaire présent depuis une vingtaine d?années. La transmission naturelle  par des générations de parents bi ou trilingues est en déclin dans les familles, notamment en milieu urbain, d'autant qu?il ne subsiste en son sein qu'une dernière génération monolingue. N'étant plus dans les conditions antérieures de protection, taqvaylit est menacée par un environnement poussant à sa substitution par d'autres langues perçues comme plus «utiles» à la vie actuelle dans la cité. Il est à noter que le pouvoir semble vouloir entériner cette revendication, sachant pertinemment que la concrétisation de ce projet se perdra dans de lointains lendemains. Sachant également que cela ne changera pas l'essentiel de la donne linguistique, la langue arabe gardant sa place prééminente, l'autre avantage serait pour le pouvoir de gérer cette langue comme le bien de tous les Algériens, sans accorder des droits spécifiques à ses propres locuteurs. Or, tamazight appartient avant tout aux amazighophones qui sont en droit de faire respecter leurs droits collectifs, linguistiques et culturels. Alors que faire pour que tamazight soit une langue ayant à nouveau une fonction de nécessité sociale avec accès à la vie active, gage de pérennité, et qu'elle soit capable d'exprimer toutes les facettes de la modernité ? La réponse est univoque : c'est l'Ecole qui peut changer le statut d?une langue et lui donner du pouvoir, si elle est instituée langue d'apprentissage de base. Il est donc vital de l'instituer comme langue d'enseignement pour la mettre en capacité de transmettre les savoirs fondamentaux dans tous les domaines qu'elle peut assurer selon la progression de son développement. C'est la condition pour créer une nouvelle donne linguistique dans laquelle il sera nécessaire de maîtriser tamazight pour accéder à des secteurs de la vie active où son usage est possible. Cet objectif ne peut être atteint que si le système éducatif, socle de toute politique linguistique, est repensé. Le postulat de «l'école unique», instrument de déculturation dans les sociétés plurales doit être remis en question. Une école égalitaire et équitable pour tous est plus adaptée aux locuteurs à la réalité sociolinguistique algérienne, à l'image de ce qui se fait dans les pays plurilingues (Suisse, Canada, etc.). Une telle école est à instaurer sur les territoires des communautés ou peuples amazighophones. Ce qui suppose la reconnaissance de la territorialité des langues et que tamazight soit instituée comme la langue propre des amazighphones. Un statut de première langue sur son aire primaire doit lui être dévolu pour qu'elle bénéficie de la mise en place d'institutions permettant une politique d?aménagement autonome propre au territoire. C?est la condition nécessaire pour la sortir de la zone de risque, l'état de vulnérabilité de tamazight étant tel qu'il faut de grands moyens et une volonté que seul peut donner cet attachement pour la langue maternelle, tout en lui assurant  plus que pour toute autre langue, les moyens nécessaires à sa protection et à son développement pour une réelle mise à niveau.  L'autre problématique est le facteur temps. En effet, le rétrécissement des territoires linguistiques et l'appauvrissement de la langue sont inquiétants, ce qui commande d'agir rapidement et de mettre les moyens existants sur les régions amazighophones pour inverser cette évolution et favoriser la revitalisation rapide de la langue. Sur le territoire algérien, la place des langues, langue d'enseignement/ langue enseignée, doit être différente selon l'aire territoriale linguistique : tamazight langue d?enseignement, l'arabe langue enseignée dans les zones amazighophones et l'arabe langue d'enseignement et tamazight langue enseignée dans les zones arabophones. Les variétés des langues amazighes sont à respecter en attendant l'harmonisation par l'usage et par le travail académique qui atténuera progressivement les différences. Par ailleurs et dans l'idéal, les amazighophones résidant en territoire arabophone (et vice versa) doivent pouvoir bénéficier, s'ils le souhaitent et si leur nombre est pertinent, de ce droit à une école différenciée. La nécessaire refondation de la Nation et de l?État Cette refondation du système éducatif à adapter aux régions ayant une demande linguistique suppose un changement de paradigme politique comportant une autre vision de la nation et de l?Etat. Ce sont des questions encore taboues qui renvoient à des traumatismes historiques remontant au début du mouvement national. Ce qu'on a appelé la crise de 49 a été la seule et unique fois où la question a été ouvertement posée dans un climat de confrontation violente. Les tenants du nationalisme arabe, associé à l'islamisme des Oulémas se sont imposés contre les défenseurs d'une Algérie algérienne porteuse de diversité. Mais la question nationale n'est pas encore tranchée et on ne peut pas continuer cette politique d?évitement. La mise à plat est nécessaire, si on veut se construire une communauté de destin et ne pas s?exposer aux ruptures tragiques. L?Algérie, définie comme une nation arabe, n?est plus acceptable et la nouvelle parade  qui  consiste à affirmer que «Nous sommes des Amazighs arabisés par l?islam» est tout aussi inadmissible. Libre à ceux qui se considèrent arabisés par l'islam de le revendiquer à titre personnel, mais non au nom de tous les Algériens. La redéfinition de la nation doit se faire non pas sur des bases idéologiques, mais sur une réalité faite de la diversité des langues parlées et des cultures vécues. Sur un socle amazigh commun, des communautés aux cultures différentes se sont construites, façonnées par l?histoire. L'Algérie est à l'évidence une nation multiculturelle fondée sur une terre amazighe. Le multiculturalisme est un concept qui  renvoie à la reconnaissance de l?équivalence en droits des cultures et des langues, récusant l'assimilation non désirée et respectant la différence sans exclure l?interculturalité. Cette nation plurielle doit trouver sa traduction institutionnelle dans la structuration de l'Etat qui doit en être l'incarnation. L?Etat algérien, fortement centralisé avec un système institutionnel archaïque et obsolète, doit être refondé. Les événements récurrents en Kabylie, dans le M'zab, dans les Aurès et en pays touareg montrent qu'il est urgent de repenser sa conception pour répondre au mieux aux préoccupations des composantes de la nation. Un système d?autonomie régionale permettant le partage du pouvoir entre les régions qui le souhaitent et l'Etat central permettra à la diversité linguistique d'être reconnue et aux droits des communautés ou peuples d'Algérie d?être respectés en les dotant d'institutions propres ayant la compétence sur leurs territoires, étant entendu que les domaines régaliens relèvent de l?Etat central. En érigeant des prises de décision à différents niveaux pour l'exercice d'une démocratie consociative plus adaptée aux sociétés multiculturelles, nous éviterons certaines aberrations de la démocratie représentative majoritaire, telles que nous les avons vécues, où des non-locuteurs de tamazight décident, parce que majoritaires, de la façon de parler, d'écrire et d'enseigner le tamazight à ses propres locuteurs. La crise algérienne est certes multidimensionnelle, mais ce n'est pas seulement une crise de régime, elle est aussi et surtout une crise structurelle de l'Etat. Bien entendu, ce changement réclame une évolution des mentalités, une volonté politique de sortir de l?impasse et d?éviter le chaos, et une adhésion populaire après clarification, conditions à l'évidence non encore réunies. Mais ce statu quo est intenable et viendront des temps historiques nouveaux qui vont imposer le changement. Espérons que le changement se fasse dans le sens du meilleur pour le pays, d'une manière sereine et non dans la violence. L'un des facteurs de ces temps nouveaux peut être la politique linguistique à mener en adéquation avec la diversité de la nation algérienne. Instaurer une école différenciée selon le territoire linguistique serait une belle  entrée  dans le nouveau paradigme d'un monde moderne, équitable, véritablement démocratisé et au service du citoyen.      
* Mouloud Mammeri, passeur réel et symbolique : 19/04/18 - L?Algérie actuelle salue la mémoire de celui qui a rendu ses lettres de noblesse au pays profond, à son  expression orale. Malgré les pressions (répressions), cette dernière se situe  désormais dans le champ de la culture nationale: tamazight est devenu langue officielle. On ne peut que s?en réjouir, comme on peut l?être aussi de la reconnaissance de la pensée de Mammeri. Mouloud Mammeri, avec Kateb Yacine, compte parmi les intellectuels les plus engagés dans le combat pour la reconnaissance de tamazight en Algérie. Cette détermination signifiait par là-même une mise en question de l'ordre politique ? l'idéologie du parti unique ? mais aussi la contestation de l'ordre social, puisque les Algériens ont, malgré eux, intériorisé les valeurs dominantes de la culture légitime et, par conséquent, en sont parvenus à oublier leur passé  et les soubassements qui fondent leur identité historique. Jalons biographiques Né le 28 décembre 1917 à Taourirt Mimoun. Salem, le père de Mouloud, est dépositaire de la tradition kabyle ancienne qu'il va transmettre à son fils aîné. Cette initiation sur le tas ne durera guère longtemps, puisque le jeune Mouloud sera arraché à sa famille pour aller à Rabat, chez son oncle. Il avait alors 11 ans et comptait parmi les rares «indigènes» à étudier le français dans la capitale du royaume. Après des études secondaires à Paris, il regagne l'Algérie. A Alger, il fréquente, le lycée Bugeaud et, plus tard, à Paris, le lycée Louis le Grand. Pendant la Deuxième Guerre mondiale, Mammeri est mobilisé. C'est à cette période qu'il découvre de nombreux autres berbérophones engagés dans la guerre : des Chleuhs, des Rifains... Après sa démobilisation, il enseigne les lettres françaises dans un lycée à Médéa, puis à Ben Aknoun (en 1948). La prise de conscience de l?importance du fait berbère se fait sentir de façon lancinante, au Maroc, car il y découvre une multitude  de «parlers», de traditions, de pratiques culturelles en même temps qu?une population beaucoup plus importante par le nombre alors que l?Algérie avait beaucoup perdu de ses structures politiques et culturelles  surtout depuis 1871. Genèse d?une prise de conscience Dès 1937, il publie un article sur la société berbère dans la revue Agdal.  Déjà se dessine une volonté claire de faire découvrir, au monde, l?existence d?un monde berbère qui «persiste mais qui ne résiste pas». En 1950, il publie, dans la Revue Africaine, un autre article consacré à «l'évolution de la poésie kabyle». En 1949, Mammeri s?interroge avec six autres de ses camarades (dont Mostefai Chaouki ), à propos des moyens nécessaires pour «faire sortir» la France. Mais très vite,  la figure du romancier s?impose avec la Colline oubliée ? qui  servira à ses détracteurs d?en faire un «traître» à la cause nationale. Le point de vue d?idéologues peu soucieux de vérité  ne le découragera pas, bien au contraire, il participe à l'élaboration du journal des Libéraux (L'Espoir) et écrit des lettres pour le FLN, à l?ONU, pour y dénoncer la torture (à la demande de M?hammed Yazid). Recherché par les parachutistes, il  se réfugie au Maroc. En 1962, il revient en Algérie pour y enseigner le français. C'est à partir de 1969 que Mammeri se consacre à l'étude des cultures amazighes, en tant que directeur du  CRAPE.  Quelles sont ces conditions sociales et politiques qui ont contribué à faire de Mammeri une figure emblématique : pont, passerelle ou symbole. Comment expliquer cet enracinement dans la culture ancestrale et l?attachement à  la civilisation de l?autre, si ce n?est une capacité d?adaptation à son temps, à son monde, d?où  cette détermination à défendre les siens. Situation inconfortable, au demeurant,  qui oblige à se faire pont, porte-parole, écrivain public pour faire exister, fût-ce de manière symbolique, un peuple «muet, sans nom». Mammeri représente cet alchimiste qui transforme la culture orale en culture savante et écrite, il  dote les sans-voix de parole. Ses recherches sur la culture orale (Isefra, Poèmes kabyles anciens, L?Ahellil, Cheikh Mohand), mais aussi autour de la langue permet de donner une légitimité à «un parler» discriminé en langue  docte (Tajerrumt, lexique français-touareg, Amawal ). Il serait faux de croire que l?engagement de Mouloud Mammeri n?était pas politique. Il avait l?ambition de  construire une culture digne de ce nom dans son pays dès les années cinquante. Il tentera de concilier, y compris dans l'enseignement, ses obligations professionnelles avec l'histoire. Ceux de ses élèves que nous avons connus par la suite témoigneront de son amour pour la version latine, la tragédie grecque, mais aussi sa capacité à instiller dans les jeunes esprits les qualités de Jugurtha. De sa société, Mammeri présente les meilleurs côtés et les autres, la résistance et l'anarchie. En 1982, après son départ en retraite administrative, il fonde un nouveau Centre, à Paris. C?est à la Maison des Sciences de l'Homme et à l'Ecole des hautes études en sciences sociales, auprès de Pierre Bourdieu,  qu?il trouve un cadre approprié. Il s?engage dans la revue Awal et dans le Ceram (Centre d?études et de recherches amazighes) qu'il avait fondés sur la base du bénévolat.  L'ensemble de son activité trouve un écho retentissant dans cette revue (46 numéros depuis). Cependant, dans l'esprit du poète, il n'y a pas rupture, mais continuité, la lutte pour la libération de la langue et de la culture n?est que la suite logique de la libération réelle de l?Algérie.  Ce sont les Poèmes kabyles anciens,  qui retiennent ici l?attention par rapport au contexte de leur parution et à l?actualité, le glissement progressif puis décisif vers une orthodoxie de plus en plus orthodoxe. Comme si l?Algérie découvrait l?islam et comme si les Imazighens n?avaient pas eux-mêmes été les fers de lance de cette religion en Afrique.  Les imusnawens, ancêtres de Mammeri, et par conséquent les nôtres,  se distinguaient par une foi   et un esprit exemplaires : intégrationniste, pragmatique et ne pouvaient que s?opposer par le fond et par la forme  à l?intégrisme des années 1980, d?où ce «coup de tonnerre». Le déclencheur d?une révolution culturelle Cette ?uvre invite en fait à changer le regard, à adopter une perception de la vie et de la religion.  Ce n?est pas un hasard qu?une conférence sur le sujet soit interdite à l?université de Tizi Ouzou et qu?elle ait  servi de détonateur, et Mammeri, le déclencheur d?une révolution culturelle. Cette dernière a en outre permis à toute une jeunesse assoiffée de liberté, d?expression politique,   d?en  faire  un véritable socle pour la revendication de l?identité culturelle nord-africaine. Revendication identitaire, certes, mais fondamentalement politique, puisqu?elle visait la fin du parti unique, les libertés démocratiques et l?égalité entre les hommes et les femmes. On peut comprendre dès lors comment  une recherche engagée, brisant des tabous, contribue à ouvrir la voie à une nouvelle définition de la culture,  à une  perception autre de l?individu  et, par la suite, d?une identité  plurielle de l?espace nord-africain  qui ne se réduit pas à l?islam malékite et à l?arabe savant.  Cette conception devrait être revisitée en fonction des vicissitudes historiques qui ont façonné l?Africain (e) du Nord   et non en fonction de la seule idéologie. Le réexamen du passé ne doit pas se faire dans le réductionnisme du baâth, mais au contraire tenir  compte des croyances, des influences, des métissages sans rien sacrifier au passé. C?était là le  projet initial (devenu rêve par la suite) de  l?élite du mouvement national. Habité par la diversité et le pluralisme de l?espace nord-africain, Mammeri  a en quelque sorte semé des graines qui ont fini par pousser au Maroc, en Libye, aux îles Canaries. Son ?uvre relate une société en accord avec elle-même, maîtresse de son destin. Pour le lecteur, elle annonce une société en quête d'harmonie, qui permettra aux Algériens de se réconcilier avec leur être profond en récupérant les éléments occultés de leur culture. Mais parallèlement, sauvegarder et maîtriser sa culture, c'est assurément enrichir le patrimoine universel. C'est ce que vise la pensée Mammeri qui, passant par-delà les crêtes, embrasse le plus vaste espace. C'est dans cette perspective universaliste que s'inscrit, Le Banquet ou la mort absurde des Aztèques  : chant profond de tous les opprimés. Le Banquet, c'est, mené à son terme, le dessein exprimé dans Poèmes kabyles anciens, comme si la pensée de l'auteur portée par l'analyse de notre condition la plus authentique, débouchait sur la médiation de la commune condition des hommes. L'auteur était déjà intrinsèquement lié à sa société par la formation et par la volonté, distant par le regard critique.  Ne disait-il pas peu avant sa mort : «Les ghettos sécurisent et stérilisent à coup sûr !» L?Algérie actuelle salue la mémoire de celui qui a rendu ses lettres de noblesse au pays profond, à son  expression orale. Malgré les pressions (répressions), cette dernière se situe  désormais dans le champ de la culture nationale : tamazight est devenu langue officielle. On ne peut que s?en réjouir, comme on peut l?être aussi de la reconnaissance de la pensée de Mammeri. A l?instar des grands héros de la nation, il est honoré, célébré mais faudrait-il encore qu?il soit compris pour ce qu?il était vraiment? Un hétérodoxe, un amoureux de liberté, de justice et d?égalité.  Quant à l??uvre, il faudrait être familier du mythe de Sisyphe, car elle recèle  bien des secrets. Pour être compris de l?asmusnaw, il faut transcender bien des  épreuves, en particulier celles qu?exigeait l?initiation ancestrale ;  car l?aspiration à la tamusni (la sagesse ou sophia) est source d?angoisses.                      
* Emergence du fait amazigh, une chance pour l?Afrique du Nord : 19/04/18 - Une autre organisation de l?Etat qui prenne en compte les régions et leurs particularismes aurait permis certainement de faire l?économie de la violence par une territorialisation des questions spécifiques. L?hétérogénéité est le propre de toute société humaine. Il n?y a pas une seule communauté au monde qui soit totalement uniforme et toutes les tentatives visant à créer une nation homogène ont lamentablement échoué. L?Afrique du Nord, dans son ensemble, produit à la fois d?un modèle de gestion centraliste lié à la puissance coloniale et d?une idéologie arabo-islamique, aura cumulé toutes les tares et ses gouvernants ne pouvaient échapper à la tentation de perpétuer cet état de fait, qui garantit le maintien des intérêts des dominants. La vérité de l?Etat-nation s?est alors imposée à tous les citoyens qui ne sont plus que des individus atomisés, sans liens de solidarité de groupe autre que le dévouement à une hypothétique nation dont il faut épouser les symboles et intérioriser le discours. Depuis quelques décennies, un nouveau regard s?impose sur l?organisation de la société humaine. Une organisation qui tienne compte de la part de subjectivité et de sensibilité qui sont en chacun de nous, notamment celles concernant les questions identitaire, culturelle et identitaire. Ce phénomène est mondial et l?Afrique du Nord ne peut échapper à la règle. Dans cette région du monde qui est la nôtre, la construction de mythes fondateurs, à contre-courant de l?histoire, visant à construire un imaginaire «sur mesure» et à fabriquer un peuple nouveau ne fait qu?exacerber une tension déjà très grande, creusant un peu plus le fossé qui sépare les populations arabophones des populations amazighophones. Une autre organisation de l?Etat qui prenne en compte les régions et leurs particularismes aurait permis certainement de faire l?économie de la violence par une territorialisation des questions spécifiques. Cela permettrait aux «minorités» ou considérées comme telles d?être les acteurs de leur propre histoire et de participer, ainsi, à celle d?une nation qui n?écrase pas le citoyen au nom de l?unicité et de l?uniformité. La paix et la cohésion sociale sont à ce prix. Le réveil identitaire L?Afrique du Nord est une région charnière entre l?Occident, l?Afrique et l?Orient qui aurait pu jouer un rôle déterminant. Mais face aux changements du monde moderne, elle n?a pas pu démarrer et a mal réagi aux défis de l?avenir. La menace qui y plane est aujourd?hui réelle. Instabilités politique, sociale et culturelle sont le lot dont elle a hérité. La démocratie est une chimère. Les institutions sont en décomposition. Les structures se délitent à grande vitesse. La régression s?installe rapidement, y compris et surtout au niveau des mentalités et au niveau des valeurs fondamentales. C?est dans ce contexte que depuis quelques années s?est amplifiée la prise de conscience identitaire et linguistique des populations qui ont le plus souffert de la marginalisation. Autrement dit, les Imazighens opprimés et ostracisés dans toutes les nations qui composent Tamazgh, cet «existant historisque». Dans ce réveil identitaire, chaque pays a eu son propre rythme mais déjà dans les années 1920, on songeait à un combat unitaire contre la colonisation (Etoile Nord-Africaine). Déjà s?esquissait l?idée de nation à construire en faisant appel au génie propre au pays, loin de toute idéologie arabo-islamique. Amar Imache, le secétaire général de l?ENA face «projet Blum-Violette», affirmait que «le premier gouvernement à forme républicaine et démocratique fut institué en Kabylie pendant qu?en France et ailleurs on ignorait ces mots». Malheureusement, un projet vite enterré par la grâce de Messali et son mentor Chakib Arslane. La question de l?amazighité va être plus explicite en 1949 avec la crise dite berbériste et depuis la contestation n?a pas cessé de progresser (une pause a été toutefois respectée durant toute la guerre d?indépendance pour sauvegarder l?unité des rangs). Au Maroc et en 1930, le Dahir berbère fut adopté (en accord avec celui qui devait devenir Mohamed V et immédiatement dénoncé par Chakib Arslane. Quand bien même il participerait d?un calcul politique, il répondait néanmoins à une réalité sociale. Dans toute l?Afrique du Nord, les autochtones s?autogéraient par le droit coutumier et ceux qui en appelaient à la justice française étaient couverts d?opprobre. L?arabisme naissant excluait toute attache avec un monde autre que celui de ses concepteurs. Comme en Algérie, c?est dans les années 1930 que l?idéologie arabo-islamique a commencé à prendre sérieusement place dans la société marocaine. Et comme en Algérie, l?amazighité a été renvoyée en marge. Les Arabo-Andalous, comme on aime à les appeler au Maroc, et à leur tête Allal El Fassi, ont eu un rôle certain dans la mise à l?écart des Imazighens renvoyés dans le monde rural. En Algérie comme au Maroc, l?arabo-islamisme porté par les autorités après les indépendances a fini par exacerber les mécontentements des populations amazighophones, niées dans leur culture et leur langue, dans leur propre pays. Le Printemps amazigh est venu mettre à nu, en 1980 à Tizi Ouzou, l?ostracisme et l?oppression subis par des populations qui ont porté la révolution (notamment kabyles et chaouies) et qui, à dire vrai, n?ont pas eu la reconnaissance à laquelle elles avaient légitimement droit. Au Maroc, la crise sociale autant qu?identitaire ne pouvait qu?entraîner un vaste mouvement de contestation/revendication qui a débuté déjà du temps du roi Hassa II. La puissance du mouvement amazigh qui a suivi, en Algérie comme au Maroc, une même trajectoire a abouti, dans ces deux pays, à des acquis non négligeables grâce principalement à un vaste réseau associatif, aux universitaires et à des intellectuels qui ont pensé et porté le mouvement avant qu?il ne soit totalement popularisé. Des acquis payés parfois au prix du sang, qui sont aujourd?hui devenus irréversibles. Dans les deux pays, l?identité amazighe tant niée est reconnue, la langue amazighe est officielle (même s?il faut mettre un grand bémol), l?enseignement a pénétré le système éducatif (avec les insuffisances et contraintes que l?on sait), des symboles identitaires importants sont reconnus (c?est le cas de Yennayer en Algérie et il est à parier qu?il le sera dans quelque temps au Maroc), des Instituts de recherche sont dédiés à la langue et civilisation amazighes, avec l?IRCAM au Maroc, le HCA et le CNPLET en Algérie, même s?ils sont conçus au départ comme «structures d?intégration/récupération». Plus important encore, la parole s?est libérée et le processus de désaliénation s?est enclenché. Dans ces deux pays, loyauté et fierté identitaire ont repris leur place. Par contre, il ne faut pas oublier que la loi organique, dont on ne connaît pas le contenu, se fait attendre dans les deux pays. En Algérie, l?Académie amazighe devrait voir le jour incessamment mais des questions de fond se posent : sera-t-elle autonome ? Les exigences matérielles et financières seront-elles à la hauteur ? Un coefficient de réparation historique sera-t-il appliqué pour combler le retard pris sur la langue arabe ? L?encadrement aura-t-il les qualités de compétence et de militance obligatoires pour une telle mission ? Nous ne sommes malheureusement pas dans les secrets des dieux pour y répondre. Dans les autres pays, Tamazight avance aussi La Tunisie, proche de l?Orient et largement influencée par le mouvement des «jeunes Turcs» ne viendra à la question amazighe que bien plus tard même si, il faut le préciser, les Tunisiens n?ont jamais fait de complexe sur leur origine amazighe. Déjà dans les années 1930, Habib Bourguiba prônera une Tunisie indépendante et laïque. Une République résolument moderniste pour tous les Tunisiens sans distinction de race et de religion, faisant ainsi rupture avec les mouvements arabo-islamistes orientaux et leur affidé (le Mouvement destourien traditionnel tunisien). Et même s?il n?était pas spécialement promoteur d?une quelconque amazighité, dans un discours prononcé le 15 août 1970, il fait remonter l?histoire de la Tunisie à Jugurtha. Depuis la chute de Benali, la prise de conscience amazighe s?est révélée. Un mouvement de revendication a pris naissance et commence à prendre de l?importance. Quoique numériquement minoritaires, les amazighophones se sont rapidement organisés en une dizaine d?associations (qui enseignent tamazight) et s?inscrivent dans la démarche supranationale. Si la revendication essentielle est, pour reprendre un responsable du mouvement, «d'officialiser tamazight en Tunisie dans une vision globale nord-africaine? délivrée de l'idéologie arabo-islamique» il est, d'ores et déjà, exigé une Académie, des chaires d?enseignement de langue et civilisations amazighes, et un enseignement de la langue amazighe dès le primaire et dans toutes les villes de Tunisie. Comme en Algérie, l?enseignement est un fait accompli, puisque des citoyens assument bénévolement cette charge. Le cas de la Libye est assez particulier. Ce pays, qui doit son nom au peuple Lebou, des Amazighs de l?Antiquité, est malheureusement plus connu par son «guide» Mouammar El Gueddafi, un nationaliste arabophile qui n?a pas laissé le moindre espace de liberté aux amazighophones libyens. Ces populations ostracisées feront bruyamment irruption lors des révoltes de 2011, affichant avec force leur amazighité. Ils participeront puissamment à la chute de la Jamahiriya d'El Gueddafi, mais ne trouveront aucune grâce aux yeux des nouveaux décideurs du CNT (Conseil National Transitoire) dont un membre les désignera comme «une menace à l?arabité de la Libye». La mort d?un tyran n?est donc pas la fin de la tyrannie pour cette partie du peuple de Libye accusée de «loyauté à la langue culture et identité des ancêtres». Malgré tout, et là est le miracle, un mouvement puissant de défense de l?amazighité s?est immédiatement construit dans un contexte douloureux. Ils affirment bruyamment et avec force leurs revendications qui rejoignent celles des pays plus avancés en droits amazighs. Un Haut-Conseil à l?Amazigjité a été mis en place, une télévision amazighe diffuse des programmes en tamazight et couvre toute l?Afrique du Nord. Il faut ajouter qu?un militant, Othmane Bensaci, membre fondateur du Congrès mondial amazigh, a occupé un poste important au sein du CNT, fruit d?un rapport de force. Les Touareg du Sahel ont de manière générale une conscience identitaire forte qui tient à l?utilisation quotidienne de la langue au fait de posséder un alphabet propre, le Tifinagh, ainsi que des traditions et coutumes particulières. Poussée à la marge, cette communauté amazighe continue d?exiger depuis de nombreuses années (y compris par les armes au Mali) une autonomie de gestion dans leur espace naturel. Sur le plan linguistique, le français demeure la langue officielle et donc la langue de l?administration de l?Etat. Les langues nationales, quant à elles, sont naturellement utilisées dans la quotidienneté. En Espagne, les locuteurs amazighophones sont majoritaires, mais pour des raisons encore inexpliquées, tamazight ne jouit pas encore d?un statut équivalent au basque ou au catalan, bien que la régionalisation le permette théoriquement. Ceci dit, il n?existe aucun article formel sur la langue dans le statut d?autonomie. Mieux, la loi autorise les autorités des régions et communautés autonomes de légiférer sur le statut des langues parlées en son territoire. Cela est déjà mis à profit à Mellila pour prétendre au statut de langue co-officielle à côté du castillan. Les îles Canaries, bien que la langue amazighe n?ait pas de réalité sociale, le mouvement amazigh, au nom de l?historicité, a pris de l?ampleur depuis plusieurs décennies au point d?accueillir le Congrès mondial amazigh à Ténérife en 1997. Des cours de langue et de grammaire sont dispensés, l?utilisation du Tifinagh est devenue courante et le guanche a remplacé l?espagnol pour les toponymes. Le Z amazigh et le drapeau amazigh sont devenus des symboles de fierté et de loyauté identitaires. L?oasis de Siwa (en Egypte) a vécu en autarcie pratiquement jusqu?en 1984. Les 30 à 40 000 Siwis qui y vivent sont restés en marge de la vie politique égyptienne parce que littéralement abandonnés par les autorités égyptiennes. Ces amazighophones ont gardé une organisation sociale similaire à celle de toute société amazighe avec son droit coutumier. Malgré leur isolement, les Siwis se sont fait connaître auprès des autres amazighophone d?Afrique du Nord et semblent adhérer aux démarches prônées, celles de préserver langue, culture et identité propres dans le cadre de Tamazgha. Malgré des avancées intéressantes bien que très insuffisantes, le scepticisme demeure. En effet, toutes les Constitutions continuent de définir l?Afrique du Nord comme pays arabe. Les «officialités» de la langue amazighe en Algérie et au Maroc sont sous-tendues par des calculs politiques qui rappellent tristement une certaine «paix des braves». La réalité est que la quasi-totalité des pays d?Afrique du Nord ont été colonisés par La France (en dehors de la Libye) qui a inspiré nos constituants avec comme devise : «Une nation une et indivisible, une langue unique, une culture et une religion». Les choses ont un peu évolué, mais cette formule reste globalement opérante. Seul, en fait, le changement de la nature de l?Etat peut résoudre la question de l?égalité citoyenne. L?Etat-régions répond à l?exigence d?une gestion moderne de la cité. Ce modèle d?Etat aura, en outre, la particularité de s?ouvrir sur l?Afrique du Nord en tant que supra-nation et sur la Méditerranée pour une universalité bien comprise.     
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* CS Constantine : Le leader face à son destin : 19/04/18 - Les camarades de Mohamed Lamine Abid auront demain, dans leur stade fétiche de Hamlaoui, rendez-vous avec leur destin, la réception de l?USM Alger étant un match-clé pour la suite du fabuleux parcours de l?équipe en championnat, d?autant plus que le MCO recevra le leader lors de la prochaine journée sans public et sur terrain neutre, alors que le MC Alger va devoir en découdre avec le NA Hussein Dey, 4e au classement et invaincu depuis 18 matchs. Pour cette confrontation, l?entraîneur Abdelkader Amrani sait qu?il faudra plus que toute autre chose compter sur la motivation de ses éléments, d?autant plus que les événements survenus vendredi passé à Constantine, et dans lesquels le club n?a pourtant pas été partie prenante, ont considérablement parasité la préparation. Afin de composer son onze, le technicien tlemcénien devra se baser sur les enseignements tirés de la rencontre amicale de dimanche passé, face au DRBT (2-1). Il est à signaler que la direction du club a décidé de revoir à la baisse le prix des tickets d?entrée à Hamlaoui (200 DA au lieu de 300), et ce, afin d?inciter les supporters à venir soutenir en masse leur équipe lors de cet ultime virage du championnat. Sur un autre plan, le manager général, Tarek Arama, n?a pas caché son étonnement d?avoir été convoqué par la Commission de discipline de la LFP au sujet de la demi-finale de Coupe d?Algérie ayant opposé la JSK et le MCA, en ce sens que le CSC n?avait strictement rien à voir avec l?organisation de la rencontre en question, et que s?il y a eu des dépassements de la part de fans (encore faut-il qu?ils le soient réellement?!), il ne s?agissait que d?actes isolés, ne représentant en aucun cas la galerie clubiste laquelle, à titre de rappel, a remporté à quatre reprises le Prix du fair-play décerné par la DGSN.       
* USM Alger : Place à Constantine : 19/04/18 - Maintenant que la qualification à la phase de poules de la Coupe des Confédérations de la CAF est acquise, suite à la victoire, avant-hier soir, au stade du 5 Juillet face au club nigérian de Plateau United, sur le score de quatre buts à zéro, pour le compte des 16es de finale bis, les Rouge et Noir se sont mis, depuis hier, à la préparation de la rencontre de championnat (26e journée), prévue demain à Constantine, face au CSC. Si le club constantinois aspire à asseoir sa position de leader, l?équipe de Soustara, elle, vise toujours le podium. Une rencontre difficile certes, même si les Usmistes sont plutôt motivés par leur qualification en phase de poules de la Coupe de la CAF. Il faut noter qu?à la fin de la rencontre face à Plateau United, l?entraîneur du club Miloud Hamdi s?était déjà projeté dans ce futur match de Constantine. «Je suis fier de mes joueurs pour leur prestation et la qualification. Ils ont montré de très belles choses. Les joueurs ont démontré qu?ils sont capables de développer du beau jeu. Maintenant on doit se concentrer sur ce prochain match face au CS Constantine», avait-il déclaré. A signaler, par ailleurs, que le président du directoire du club, Abdelhakim Serrar, a affirmé que le prochain coach des Rouge et Noir pourrait probablement être le technicien français Bertrand Marchand. L?agent de ce dernier aurait donné son accord de principe à Serrar. Les discussions avec le coach vont débuter dans les prochaines heures. En dernier lieu, il est à rappeler que le tirage au sort de la phase de poules de la Coupe de la CAF est prévu ce samedi au Caire en Egypte.     
* NA Hussein Dey : Confirmer sa suprématie dans les derbys : 19/04/18 - Le NA Hussein Dey abordera le derby de ce vendredi face au MCA avec un double objectif : préserver son invincibilité dans les derbys algérois et en championnat après 19 journées. En effet, le Nasria est la seule équipe algéroise à n?avoir perdu aucun derby cette saison. La bande à Dziri compte 14 points sur 24 possibles. Elle se classe juste derrière l?USMA qui en compte 16, mais cette dernière a consommé tous ses matches, alors que les Sang et Or auront deux matches à jouer contre le MCA et le CRB. C?est dire l?importance de cette rencontre aussi bien dans la suprématie algéroise que dans le décompte final pour une place africaine. Les camarades du revenant Gasmi, lequel a purgé sa suspension d?un match, seront doublement motivés pour cette rencontre : rester sur une longue série d?invincibilité et répondre aux allégations de Casoni qui accuse le Nasria d?avoir bénéficié de quinze penaltys. Des accusations qui ont poussé même les supporters à renoncer au boycott. Ils seront logés dans le virage nord du stade du 5 Juillet. Côté effectif, l?équipe connaîtra le retour de Gasmi et El Orfi qui ont purgé leur suspension. El Orfi va épauler El Ouartani et Herrag dans l?entrejeu, alors que Gasmi sera soutenu en attaque par Yousfi et Chouiter. Ce dernier a été préféré à Addadi, lequel devrait occuper le banc de touche.  
* Les bilans moral et financier étudiés par le BF : 19/04/18 - Le Bureau fédéral (BF) de la Fédération algérienne de football (FAF) tiendra sa réunion mensuelle statutaire aujourd?hui au Centre technique national (CTN) de Sidi-Moussa. Un bureau fédéral où plusieurs points sont à l?ordre du jour, notamment l?Assemblée générale ordinaire de la FAF prévue le lundi 23 avril prochain, au CTN. Les membres du BF s?attaqueront en effet aux derniers préparatifs de cette AG ordinaire, la première sous l?ère de l?actuel bureau de la FAF, sous la conduite de Kheireddine Zetchi qui présentera les bilans moral et financier de sa première année d?exercice, qui sera soumis pour approbation aux membres de l?AG de la fédération. A ce propos, les bilans en question seront soumis au préalable, aujourd?hui même, aux membres du BF lors de cette réunion statutaire pour approbation avant qu?ils ne soient soumis au vote des membres de l?AG, ce lundi. Une AGO qui ne cesse de susciter de nombreuses polémiques pour diverses raisons, après une année mouvementée sous le règne du nouveau bureau de la FAF. D?autres points seront à l?ordre du jour de ce BF, avec notamment les préparatifs de la finale de la coupe d?Algérie, qui opposera la JS Kabylie à l?USM Bel Abbès, le 1er mai prochain, et qui sera officiellement domicilié au stade du 5 Juillet, à 16h.  
* Ligue 2 : La 27e journée reportée au 28 avril : 19/04/18 - Programmée initialement pour ce samedi, la 27e journée du championnat professionnel de la Ligue 2 ne se disputera pas ce week-end. La Ligue de football professionnel (LFP) a décidé, hier en fin d?après-midi, de reporter les matchs de cette 27e journée au week-end prochain, c?est-à-dire pour le samedi 28 avril. Une décision annoncée par la LFP à travers un communiqué laconique, publié sur son site en indiquant : «Devant l?impossibilité d?organiser la 27e journée du championnat de Ligue 2 le même jour et à la même heure, la LFP a décidé de la reporter pour le samedi 28 avril prochain. Signalons que cette journée a été programmée initialement pour ce samedi 21 avril». Un communiqué qui ne précise pas les raisons de «l?impossibilité d?organiser» cette 27e journée le même jour et à la même heure, alors que rien ne semble l?empêcher.
* RD Congo : Le président de la fédération en garde à vue : 19/04/18 - Le président de la Fédération congolaise de football association (Fecofa), Constant Omari, et trois autres dirigeants sportifs de la République démocratique du Congo ont été placés en garde à vue à Kinshasa par la justice congolaise pour une affaire d?utilisation de fonds publics. M. Omari, qui est aussi vice-président de la CAF et membre du comité exécutif de la FIFA, était assis, visiblement affaibli, sur une chaise dans un bureau du parquet situé dans le quartier de Limete, dans le centre de Kinshasa, a rapporté un journaliste de l?AFP. MM. Omari, Barthélémy Okito, secrétaire général aux Sports de la RDC, ainsi que Roger Bondembe et Théobad Binamungu, deux vice-présidents de la Fecofa, sont en «garde à vue» depuis 21h30 mardi et «sont en instance d?être entendus», a déclaré à l?AFP un magistrat du parquet sous couvert de l?anonymat. «Ils seront interrogés sur l?utilisation des fonds publics dans l?organisation des rencontres sportives des équipes nationales de football et des clubs engagés aux compétitions africaines», a indiqué ce magistrat, insistant sur le «caractère secret» de l?instruction. Les quatre hommes sont «entendus sur des présumés détournements d?un million de dollars destinés à l?organisation de quatre matches de football», a déclaré pour sa part à l?AFP Me Alain Makengo, un défenseur des sportifs congolais.
* JS Kabylie : Le CRB, un virage décisif : 19/04/18 - Revigorés par leur qualification en finale de la coupe d?Algérie vendredi dernier aux dépens du MC Alger, les Canaris de la JSK se focalisent désormais sur le clasico de demain face au CR belouizdad, en match comptant pour la 26e journée du championnat. Faisant du maintien leur principal objectif, les Canaris, qui se sont plus ou moins éloignés de la zone rouge, n?ont pas pour autant assuré leur survie en Ligue 1, d?où cette obligation d?aller chercher un bon résultat, demain, au stade du 20 Août. Voulant mettre tous les atouts de son côté, Youcef Bouzidi a tenu à sensibiliser ses joueurs, surtout après l?euphorie de la qualification en coupe. «On n?a pas encore assuré notre maintien. On doit faire très attention si on veut poursuivre notre remontée au classement. J?ai dit aux joueurs de garder les pieds sur terre tant qu?on n?a pas assuré ce maintien, car rien n?est encore acquis pour le moment.» Bouzidi a tenu à avertir ses joueurs : «Face au CRB, ce ne sera pas une sinécure, du moment que même le Chabab n?a pas lui non plus assuré son maintien. Mais on fera tout pour enchaîner une performance». Un match capital, d?autant plus qu?un point sépare les deux équipes au classement. Et pour mettre tous les atouts de son côté, Bouzidi qui pourra compter sur l?ensemble de son effectif, avec le rétablissement de Hamar et Ferhani, même s?il compte reconduire le même onze du match des demi-finales de coupe, a décidé en commun accord avec la direction d?un regroupement de deux jours à Alger. Un séjour entamé hier, à Bab Ezzouar, avec deux séances d?entraînement (hier et aujourd?hui,) au stade de la Protection civile de Dar El Beida, avant d?affronter le CRB demain, dans un match décisif.  
* CR Belouizdad : Vers le retour de Sidibé : 19/04/18 - Eliminé en Coupe de la CAF après le nul concédé face à l?ASEC Mimosas, mardi, au stade du 20 Août 1955 d?Alger, le CR Belouizdad doit vite retrouver des couleurs pour la suite de la compétition nationale afin d?assurer son maintien en Ligue 1. L?invité de cette journée n?est autre que la JSK qui se trouve dans la même situation, mais qui a le vent en poupe depuis l?arrivée de Youcef Bouzidi à la barre technique. Le Chabab de Belouizdad abordera cette rencontre avec un double objectif : confirmer sa bonne santé du moment et améliorer son classement général. Pour atteindre son objectif, l?entraîneur marocain du CRB, Rachid Taoussi, devrait reconduire la même équipe qui a gagné contre l?USMA (1-0) et le MCO (2-0 sur le terrain, puis 3-0 sur tapis vert). Le milieu de terrain malien, Sidibé, le grand absent face à l?ASEC Mimosas à cause d?une suspension pour cumul de cartons, reprendra sa place dans l?entrejeu. Le jeune Adem Izghouti, aligné à la place de Sidibé mardi, sera sans doute sacrifié ce vendredi car, dans un match aussi important que celui face à la JSK, l?entraîneur a plutôt besoin de joueurs expérimentés. Cependant, le cumul des rencontres (trois matches en une semaine) risque d?avoir des répercussions sur le rendement des joueurs et leur forme physique, surtout qu?on est en fin de saison. Le coach Taoussi doit certainement tenir compte de ce paramètre pour mieux gérer la suite du parcours qui ne s?annonce pas de tout repos.  
* L?USMA passe, le CRB trépasse : 18/04/18 - Les deux représentants algériens en Coupe de la CAF, l?USM Alger et le CR Belouizdad, ont connu hier des destins opposés. En effet, si l?USMA a étrillé son adversaire nigérian, Plateau United, sur le score de 4 à 0, la formation belouizdadie n?a pu faire mieux que de se contenter d?un nul vierge face à l?ASEC Mimosas, insuffisant pour passer à la phase de poules. Le Chabab de Belouizdad qui se devait de remonter un but de retard, encaissé à Abidjan, s?est heurté à une équipe ivoirienne bien organisée sur tous les compartiments. En plus, les joueurs de Rachid Taoussi ont confondu vitesse et précipitation et n?ont pu parvenir à trouver la faille malgré le soutien indéfectible de supporters venus en masse. Les camarades de Draoui ont créé pourtant quelques occasions comme cette reprise de la tête du joueur lui-même qui a vu le ballon rebondir devant les pieds du portier des Mimosas avant de sortir. Selmi (15e) a également eu une occasion d?ouvrir la marque, mais il croisera trop son tir. En seconde période, le CRB accentue le pressing, mais abuse des balles aériennes qui ont fait l?affaire des Ivoiriens. L?action la plus nette est à mettre à l?actif de Aribi qui seul face au gardien tire à côté, alors qu?il aurait pu servir Lakroum, idéalement placé sur la ligne des bois. Après cette élimination, le CRB devra désormais se concentrer sur le Championnat pour assurer son maintien en Ligue 1. De son côté, l?USM Alger a réussi un récital offensif en inscrivant quatre buts, deux dans chaque mi-temps. Derfalou a ouvert la marque à la 28e minute, après une tentative de Beldjillali, repoussée par le poteau. Peu avant la pause citron, Beldjillali doublera la mise d?une tête plongeante. Au retour des vestiaires, Derfalou, encore lui, ajoutera son deuxième but personnel et le troisième à son équipe suite à un corner bien travaillé par Benmoussa (48e), Et peu avant la fin de la rencontre, Benkhemassa ajoutera un quatrième but d?un tir enveloppé suite à un joli service de Benmoussa (81e). Yaya, bien servi en profondeur en fin de match aurait pu aggraver la marque, mais son tir passera légèrement à côté. L?USMA sera fixée sur ses adversaires en phase de poules, samedi, à l?issue du tirage au sort qui aura lieu au Caire (Egypte). En somme, après l?échec des négociations avec le Marocain Badou Zaki, on annonce l?arrivée de l?entraîneur Bertrand Marchand qui a été démis de ses fonctions à la barre technique du Club Africain (Tunisie).  
* Dossier toujours ouvert : 18/04/18 - La commission de discipline de la LFP réunie avant-hier lundi, et comme il fallait s?y attendre, n?a pas statué dans le dossier des incidents ayant émaillé la rencontre JS Kabylie ? MC Alger, disputée vendredi dernier au stade Chahid Hamlaoui de Constantine, pour le compte des demi-finales de la coupe d?Algérie 2018. Une rencontre où de graves incidents et des actes de violence extrêmes ont été enregistrés avant, pendant et après le match. La CD de la FAF, qui a laissé le dossier ouvert, a indiqué, dans un communiqué publié hier sur le site de la LFP, qu?elle «invite le président de la JS Kabyle, le directeur sportif du MC Alger et le manager général du CS Constantine à la prochaine séance», prévue lundi prochain pour audition, avant de fixer les responsabilités et se prononcer sur ce dossier. Ainsi, Chérif Mellal (JSK), Kamel Kaci-Saïd (MCA) et Tarek Arama (CSC) devront donner leur version des faits et s?expliquer surtout sur leurs déclarations aux médias après ces incidents, notamment après les accusations lancées par ces trois responsables. La CD de la LFP, qui s?appuiera sur les rapports des officiels (arbitres et délégués de match), ainsi que sur le rapport des services de sécurité, attend donc d?auditionner les responsables des trois clubs en question, partie prenante dans ces incidents, pour situer les responsabilités de tout un chacun dans ces incidents, avant de statuer et de prononcer les sanctions, qui devraient être à la mesure de la gravité des incidents qui ont donné lieu à une centaine de blessés et près de 80 arrestations. Par ailleurs, le président de la CD de la Ligue, M. Kamel Mesbah, a, dans une déclaration à une chaîne de télévision privée, annoncé l?ouverture d?une enquête sur ces incidents, sur demande de la direction du MCA. «Les responsables du MCA ont déposé une requête pour l?ouverture d?une enquête sur les incidents du match JSK ? MCA. Après étude de cette demande, et sur la base du rapport du délégué du match, et des vidéos de la rencontre, on a décidé de l?ouverture d?une enquête approfondie». Et de préciser : «On a convoqué toutes les parties concernées par ces graves incidents, avant de prononcer les sanctions qui s?imposent ».   Concernant le match MC Oran-CR Belouiz-dad (mise à jour de la 25e journée), arrêté par l?arbitre à la 81? alors que le CRB menait au score (2-0), «suite à l?envahissement du terrain par les supporteurs du club MCO, jets de projectiles sur le terrain et mêlée générale dans les tribunes par les supporters du club MC Oran», la commission de discipline de la ligue a infligé au club oranais «quatre matchs à huis clos dont deux avec suspension de terrain,  200.000 DA d?amende, en sus de la ponction de la quote-part due au titre des droits de télévision pour le match en question». Dans le PV sanctionnant cette réunion de la CD, le MCO perd son match par pénalité. Le gain du match est attribué au CRB qui marque trois 3 points et un score de 3-0. La CD de la Ligue précise dans son communiqué qu?elle ne peut se prononcer sur l?affaire de la plainte déposée par les officiels du match au commissariat d?Oran «pour vol de tous leurs objets personnels aux vestiaires», estimant que «le vol est un délit qui touche à l?ordre public».